«Al Fiyachiya» ressuscitée pour le plaisir des mélomanes

«Al Fiyachiya» ressuscitée pour le plaisir des mélomanes

Effets de sonorités imagées ou voyage dans le temps des aïeuls pour scruter une mémoire collective et un horizon que plusieurs artistes espèrent prometteur. C’est ce que cherchent à nous faire partager Hamid Bouchnak et Yassine Rami dans leur dernier duo «Al Fiyachiya». Un assortiment réussi d’airs musicaux, notamment soufis et rap, égrené de couplets à refrains cadencés. Entre la profondeur mystique des poètes soufis et l’effet contestataire d’une jeunesse assoiffée d’équité et de justice sociale, la thématique coule de source : «Ana mani fiyache». «La reprise d’une chanson standard du patrimoine marocain a pour finalité de montrer aux jeunes générations qu’un art qui puise sa saveur de la réalité quotidienne peut à chaque instant reprendre ses marques distinctives», précise Hamid Bouchnak à ceux qui s’interrogent sur la raison d’une telle reprise. Au fait, «Al Fiyachiya» est une mélodie fredonnée par nos mères, psalmodiée par nos religieux. Elle est connue par un célèbre refrain «Ana mani Fiyache» (Je ne suis pas un prétentieux). Une façon d’exprimer sa petitesse devant l’immensité de la création divine. Le poème qui date du 17ème siècle a été composé par Sidi Bahloul Chargui, un disciple d’une confrérie qui a vénéré l’amour divin et qui s’est engagé à le faire partager.
En reprenant un tel patrimoine, Hamid et Yassine transmettent l’espoir de voir le monde évoluer vers l’apaisement de l’âme. Ce qui reste c’est ce que nous réalisons comme bonnes actions pour ceux qui en ont besoin, souligne un vers de cette «Qassida». En filigrane aussi, les effets nocifs des différents vices qui nuisent à une santé considérée comme le plus précieux des présents. «Al Fiyachiya», qui est le troisième travail en commun de Hamid et Yassine après «Ne touche pas à mon pays» en 2004 et «Style a nari» en 2005, a permis aux deux artistes d’ajuster merveilleusement leur complicité. D’un côté Hamid, chanteur et compositeur, toujours en quête d’arrangements fluides et de sonorités qui ancrent l’ensemble de son répertoire dans la tradition ancestrale de son pays, a su préserver cela dans ce travail. Il a d’ailleurs hérité cette fibre de son père Afandi Bouchnak, un géant de la musique gharnatie. En somme, un clin d’œil nostalgique aux chioukh d’une région qui ont su faire passer le flambeau. De l’autre côté, le rappeur Yassine Rami a su donner au rap festif et contestataire une dimension théologique.

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