Alessi ensorcelle Casablanca

Alessi ensorcelle Casablanca

«Les industries italiennes du design sont en réalité des métaphores de l’industrie ». Cette phrase du designer Enzo Mari résume parfaitement le projet de la maison Alessi, une vieille famille d’industriels italiens, sans doute la plus célèbre dans le monde en matière de design. Depuis 1922, Alessi a doté le design d’objets certes fonctionnels, mais dont la marque distinctive est la poésie et l’émotion. Une cafetière est bien plus qu’un objet que l’on utilise distraitement pour préparer du café. C’est une pièce qui interpelle constamment notre regard, étonne par la nouveauté de sa configuration et communique du plaisir à la manipulation. Elle n’est pas littérale, brute dans sa fonctionnalité, mais dotée, à l’instar d’une phrase métaphorique, du supplément indispensable pour qu’il y ait beauté et émotion. Ce travail, qui bat en brèche l’anonymat et la standardisation, constitue la marque patente des objets Alessi. En atteste un entonnoir dessiné par Stefano Giavannoni. Tout le monde s’est servi d’un entonnoir. Personne ne le regarde plus, parce que l’usage auquel il est destiné prescrit d’avance une configuration uniforme. L’entonnoir de Stefano Giavannoni a une forme inédite. Il nous sourit ! Et pour cause, ce designer s’est servi de la tête de Pinocchio pour inventer cet objet. Le long nez du personnage qui ment fait office du tube qui termine la forme conique pour verser un liquide ! L’entonnoir de Stefano Giavannoni est une parfaite illustration de la féerie qui caractérise les objets de la maison Alessi, régulièrement appelée usine à rêves ou usine à merveilles. Des designers, dont les noms font rêver, ont donné à cette maison ses lettres de noblesse. La carrière de noms mythiques du design comme Achille Castiglioni ou Alessandro Mendini est intimement liée à Alessi. Cette maison est également connue pour commander régulièrement des objets à d’autres auteurs. Le curieux, c’est que parmi les pièces exposées à la Villa des arts, un bon nombre a été conçu par des architectes célèbres. « Le rêve de tous les architectes, c’est de collaborer avec Alessi », a expliqué le designer algérien Abdi Abdelkader, auteur d’une couscoussière qui a fait la Une des grandes revues de design dans le monde. Ce designer s’est déplacé à Casablanca pour s’exprimer avec ferveur sur la maison italienne. Les architectes dont les créations sont exposées à la Villa des arts étayent les propos de l’Algérien. Il y a entre autres Aldo Rossi, Mario Botta, Frank Gehry et Jean Nouvel. Ces architectes se lâchent, se libèrent, s’amusent en concevant des objets infiniment petits au regard de l’échelle à laquelle ils ont l’habitude de travailler. L’amélioration progressive de la forme d’une pièce fonctionnelle est ce qui caractérise encore mieux leur façon de faire. Mais d’autres designers préfèrent doter leurs pièces d’une charge tellement novatrice qu’elle rend incertaine l’identité de l’objet. C’est la branche radicale du design, représentée par les plus créatifs, dont le Français Philippe Starck. L’un de ses objets fétiches est le célèbre presse-citron qui s’apparente plus à une araignée ou une pieuvre qu’à un instrument-ménager. L’exposition de la Villa des arts est organisée par le musée Alessi, dont la directrice s’est rendue à Casablanca. Un jeune designer marocain, Hicham Lahlou, lui a montré une théière dessinée, il y a longtemps, mais qui n’a pas été éditée, faute de fabricants. La directrice a promis d’introduire cette pièce dans la collection permanente du musée Alessi et étudier l’éventualité de son industrialisation. Si cette étude se concluait en faveur de Hicham Lahlou, il serait le premier designer marocain à rejoindre l’Olympe du design.

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