Arrangeur musical, un métier ingrat

Combien de personnes se soucient de l’identité de celui qui a arrangé la musique de la chanson qu’ils aiment fredonner? Très peu, parce qu’une chanson est d’abord l’oeuvre d’un compositeur et d’un interprète. Une tierce personne qui intervient activement non seulement dans la réussite d’une chanson, mais dans sa mise en forme n’a pas toujours voix au chapitre. Cette personne, qu’on nomme rarement dans notre pays, s’appelle un arrangeur. Une composition ne peut être jouée par un orchestre tant qu’elle n’est pas passée par les mains et la tête d’un arrangeur. Une seule exception à cette règle : que le compositeur soit lui-même un arrangeur. L’arrangement est l’adaptation d’une composition à d’autres instruments. En d’autres termes, cela veut dire que le compositeur crée une mélodie généralement pour un seul instrument (piano, luth…), et que c’est à l’arrangeur d’adapter cette composition pour un orchestre. Le compositeur invente un thème que l’arrangeur adapte de façon à le rendre jouable par un ensemble de musiciens. Si l’arrangeur écrit de la musique pour orchestre d’après un thème, sa tâche n’en est pas moins importante que celle du compositeur. Or, le travail de l’arrangeur est déprécié dans notre pays. On le considère au mieux comme un technicien au service de la création, au pire comme un simple exécuteur. Cette dévalorisation tient au fait que l’arrangement n’est pas considéré comme un art à part entière. Il vient en supplément à une autre activité ; il est entièrement soumis à la composition. Et cette soumission atteint l’arrangeur, en fait un subalterne négligeable. Ceux qui accordent très peu d’intérêt au travail d’un arrangeur devraient jeter un coup d’oeil sur ce qui se fait ailleurs en matière d’arrangement. Le chef d’orchestre Herbert von Karajan, dont le nom brille de mille feux dans le ciel de la musique, a adapté plusieurs oeuvres musicales. Certaines de ces oeuvres et chansons continuent de vivre parce qu’elles sont revisitées, recréées pour apparaître sous des formes nouvelles. Il existe au Maroc des arrangeurs qui font un travail qui doit être remarqué et non pas noyé dans l’anonymat. Parmi ces arrangeurs, on peut citer Ahmed Cherkani qui exerce dignement son métier. Il a la chance de travailler régulièrement avec un compositeur-intreprète, Nouâman Lahlou. Celui-ci mentionne dans tous ses enregistrements le travail fait par son arrangeur. Ahmed Cherkani est intarissable sur son métier. Ses propos sont empreints à la fois de déférence pour le compositeur et de fierté au regard de la vie musicale qu’il insuffle à la composition. «Pour arranger une chanson, on doit se saisir de l’âme de la composition, transmettre le message que porte le thème de la chanson» dit-il dans ce sens. Un arrangeur qui n’est pas sensible au thème de la chanson ou qui ne comprend pas la culture du compositeur fait une oeuvre hybride. La complicité entre le compositeur et l’arrangeur est une nécessité selon Cherkani. L’arrangeur doit mettre en valeur les lignes intéressantes dans une composition, laisser sans arrangement musical celles qui n’en ont pas besoin. À côté de ce respect pour la composition, Cherkani est fier des transformations qu’il fait subir à une composition sans rien lui enlever de son noyau originel. L’arrangement musical est un métier qui doit être valorisé et encouragé par des prix. La musique marocaine, sous toutes ses formes, ne s’en porterait que mieux.

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