Art, année zéro au Musée de Lyon

Art, année zéro au Musée de Lyon

La période retenue, celle de l’immédiat après-guerre, est celle durant laquelle «nombre d’artistes choisissent, de part et d’autre de l’Atlantique, après les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, de créer en repartant à zéro», explique Sylvie Ramond, commissaire de l’exposition et directrice du musée. Il s’agit, ajoute-t-elle, de peindre «comme si la peinture n’était pas seulement morte, mais n’avait jamais existée, selon une formule du peintre américain Barnett Newman».
L’exposition commence par des images animées, en noir et blanc, directement liées au traumatisme de la guerre: une scène tirée de la fin du film «Allemagne, année zéro», de Roberto Rosselini, où l’on voit un enfant perdu simuler le suicide avant de passer à l’acte, le champignon atomique qui s’élève au dessus de Nagasaki, filmé du bombardier, et des images d’actualité de 1945.
Les quelque 180 œuvres exposées, signées d’artistes majeurs américains (Jackson Pollock, Barnett Newman, Mark Rothko, Willem de Kooning), français (Jean Fautrier, Pierre Soulages, Germaine Richier), ou européens (Hans Hartung, Henri Michaux ou encore Carl Buchheister), illustrent le foisonnement de cette époque.
Un même traumatisme s’est traduit par «une similitude du vocabulaire plastique», selon les organis ateurs, vocabulaire que l’exposition décline en plusieurs thèmes : 0-expérimenter, 1-témoigner, 2-balbutier, 3-explorer, 4-tracer, 5-saturer, 6-remplir-vider.
Pour Eric de Chassey, membre de l’Institut universitaire de France et également commissaire de l’exposition, cette dernière a pour intérêt de confronter pour la première fois des oeuvres de différents artistes qui avaient en commun «de vouloir faire échapper l’art» à tout ce qui avait amené à la Seconde Guerre mondiale. «Depuis presque un demi-siècle, on raconte l’histoire de l’art après la Seconde guerre mondiale à peu près de la même façon : Paris était la capitale mondiale de l’art juste avant la guerre», raconte-t-il, «mais l’exil de certains artistes majeurs comme Léger, Masson ou les surréalistes aux Etats-Unis avait signalé le transfert du leadership de l’autre côté de l’Atlantique». Désormais, poursuit Eric de Chassey, «nous sommes suffisamment éloignés de cette époque et nous observons à quel point la domination artistique d’un seul pays au détriment des autres n’est plus de mise».
L’exposition lyonnaise a été réalisée avec le concours de FRAME (French Regional and American Museum Exchange, un regroupement de musées américains et de musées régionaux français qui vise à faire circuler les oeuvres), Terra Foundation for American Art et The Annenberg Foundation, l’une des premières fondations américaines. Le Musée des beaux-arts de Lyon a ainsi pu tisser des relations très étroites avec de nombreux musées américains qui ont accepté de prêter certaines de leurs pièces les plus importantes.

• Jérôme Daquin (AFP)

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