Artistes ambulants : Quand la rue devient scène de spectacle

Artistes ambulants : Quand la rue devient scène de spectacle

Que d’animations dans nos rues marocaines. Il en devient impossible de passer inaperçu ou d’arriver à destination sans adresser la parole à qui que ce soit. Mais bien sûr, la règle ne tient que quant il s’agit d’un quartier purement populaire. On citera donc «Le Prince» à Casablanca, «Moulay Driss Zarhoun» à Fès, «Fendak Echajra» à Tanger, «Place Jamâa El Fna» à Marrakech, et bien d’autres dans tout le Royaume. Des endroits connus et reconnus par une grande affluence touristique. Et aujourd’hui, l’on arrive à se demander que deviendraient ces endroits sans les artistes ambulants qui y assurent une animation quasi quotidienne. Musiciens, acrobates, portraitistes, conteurs, charmeurs de serpents et «hlaykia» font le bonheur ou parfois le malheur des passants. Leurs spectacles de rue, tout public confondu, sont une forme de mendicité élaborée. Les passants peuvent faire le choix de ne pas jouer le jeu, mais souvent se sentent redevable face à l’effort fourni par ces artistes improvisés. «S’il vous plaît une petite pièce, elle n’est rien pour vous, mais moi je vais faire vivre ma famille avec», ou encore «aider les artistes que nous sommes», ou même «Vous avez bien profitez du spectacle? Alors, tachez de vous montrer charitables». Tout autant d’incitations à passer à la caisse et qui ne laissent généralement personne indifférent. Un vrai petit marketing qui prospère gentiment dans nos rues. Mis à part quelques rares plaintes des passants qui se sentent agressés par de telles manifestations et les descentes surprise des forces de l’ordre, rien ne trouble ces petits commerces. Nous sommes dans un bus casablancais archi comble à l’heure de pointe. Et c’est dans la précipitation générale que «Ba M’hamed» émerge de la porte avant du bus. Son petit «Gambri» sous les doigts, il se lance dans des chants aux paroles insaisissables mais à l’air bien commun de la chanson populaire locale. Le receveur depuis l’arrière du bus lui somme de descendre. «Ba M’hamed, ce n’est vraiment pas le moment, tu vois bien que le bus est bandé!», lui cria t-il. Et l’autre de répondre, «Said, mon frère, laisse-moi amuser ces pauvres gens et gagner un peu ma vie». Le receveur ne répond plus et revient à son travail et Ba M’hamed continue sa cantilène. Une fois son show terminé, il enlève sa casquette miteuse et laisse entrevoir un crâne hautement dégarni avant de commencer sa tournée de demande de bonne grâce. Arrivé à côté de notre siège, notre grosse pièce de 10 dirhams retenti très bien dans sa casquette et le fait sourire jusqu’aux oreilles. Une petite gâterie qui nous ouvre la voie pour poser nos questions auxquelles Ba M’hamed répond volontiers. «Je gagne à peine 20 dirhams par jour sauf si une personne assez charitable et cultivée pour comprendre mon art comme vous, croise mon chemin. Pauvre de moi, la modique somme de 20 dirhams ne me permet pas de faire vivre dignement mes cinq enfants et ma femme. Je travaille très dur tous les jours, mais rares sont les gens qui comprennent l’effort que ça me coûte», explique-t-il. Et de poursuivre : «Moi je rêve de la grande scène et des plateaux de télévision et je sais qu’un jour je vais rencontrer un artiste étranger qui va comprendre mon art et m’emmener en France parce que là bas les gens savent apprécier les bonnes choses». Des rêves et des attentes qui risquent de ne jamais se réaliser mais qui font vivre Ba M’hamed dans l’espoir et lui donne la gaieté nécessaire à ses chansons. Une fois qu’il est descendu du bus, Said, le receveur, nous explique que sur toute la ligne, il a raconté des mensonges. «Moi je le connaît très bien, il habite mon quartier et il est propriétaire d’une maison qu’il loue à près de 9 familles. Sa femme est morte il y a longtemps, et ses enfants ont grandi chez leur grand-mère maternelle. Je crois qu’il ne les reconnaîtrait même pas s’il les voyait passer dans la rue. Il se saoule toutes les nuits et dérange les voisins avec sa musique qui ne plaît à personne. Que Dieu nous préserve!», rectifie Said. Des Ba M’hamed, il y en a partout. Et ces artistes, du plus jeune acrobate à la vieille «chikha» qui refait inlassablement son show dans les terrasses des cafés, ne sont pas près de s’arrêter. Aujourd’hui, ils font partie du paysage et développe leur petite gloire, à leur mesure, loin des feux des projecteurs.

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