Assaffâr et les Parisiennes

Assaffâr est censé être un homme qui implore la protection du tout-puissant au spectacle d’un bras nu ou d’une cheville. Pourtant, ce secrétaire-archiviste va succomber au charme des Parisiennes. Que l’on s’imagine un peu cet homme qui doit avoir laissé plus d’une femme dans son pays, et qui séjourne en France près de deux mois. Il est donc condamné à une vie chaste. Il a accepté ce sort jusqu’à ce qu’il voit des Parisiennes. Il décrit d’abord des danseuses. L’adjectif qu’il emploie introduit un élément d’appréciation peu familier des hommes qui se protègent contre les tentations du diable. « Leurs cuisses cambrées parviennent à toucher leur nuque ». Assaffâr va sortir peu à peu de ses gonds. Le lecteur assistera ainsi à une progression dans l’audace de décrire les attraits des Françaises. Il commence par louer leurs yeux.
Ensuite, il va vite passer à autre chose. «Le tissu des robes ne les cache qu’à partir des seins et tout le reste au-dessus est nu : poitrine, dos, nuque, bras…». Les points de suspension disent plus qu’ils ne cachent. Le démon du désir aiguillonne le faqih : «Quand ces filles s’avancent mollement vers toi, tu es pris d’une envie irrésistible de les saisir par leur taille fine». Le feu va même le porter à écrire des vers à la glorification des attraits des Parisiennes. Et ce n’est pas de l’amour courtois : «Me convient sa taille svelte qui compatit à mon sort/ Et j’ai dit : rien n’est plus convenable que le centre/ M’étaient invisibles ses hanches nonchalantes/ Et j’ai dit: c’est un éloignement flagrant par puissance».
Le «je» du secrétaire-archiviste se manifeste ainsi à cor et à cri. L’homme qui consigne ce qu’il voit a un moi. Nous ne sommes plus dans le rapport d’une mission officielle, mais dans un journal de voyage. Assaffâr fera par-dessus tout une fixation sur les robes : «elles font saillir les hanches qui semblent larges, rondes et plantureuses. Sans doute mettent-elles (les femmes) quelque chose en dessous pour obtenir cet effet». L’auteur ne dira pas s’il a dissipé ce doute en vérifiant le dessous des choses.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *