Ataalah : Le retour de l’enfant prodige

Ataalah : Le retour de l’enfant prodige

ALM : Vous êtes connu pour faire partie des artistes précurseurs du mouvement pictural au Maroc. Mais vous êtes parti en France dans les années 70. Pourquoi ce départ brutal ?
Mohamed Ataalah : Le groupe auquel j’appartenais à l’époque dans les années 60-70, s’était un petit peu désagrégé. Du moins c’est ce que je pense, il avait perdu de sa force initiale, et chacun des artistes qui formaient un ensemble uni a pris son propre chemin. Mais ce n’est pas la seule raison qui explique mon départ définitif en France en 1972. J’avais décidé de partir à l’Hexagone pour donner suite à mes recherches plastiques qui impliquaient de plus en plus l’utilisation des nouvelles technologies. Déjà à l’époque je voulais me servir d’un ordinateur pour pourvoir faire des œuvres d’un nouveau genre adapté aux nouvelles technologies de l’information.
A l’époque, il était très difficile de pouvoir se procurer un ordinateur, c’était un objet rare, voire inexistant. C’est ainsi que je me suis rendu en France en vue de mener mes recherches telles que je le désirais.

Ce sont donc des raisons purement professionnelles qui vous ont poussé à quitter le Maroc ?
Effectivement. Comme je l’ai expliqué, je n’ai pas quitté le Maroc sur un simple coup de tête et je ne pense pas que mon départ était brutal. Ce sont plusieurs facteurs qui ont contribué à faire naître en moi l’envie de partir en France. Mais ceci dit, à part mon envie de faire aboutir mes recherches, il y avait également des raisons, moins agréables. En fait, lorsque j’étais au Maroc et dans les années 60, j’étais professeur aux côtés d’autres peintres comme Mohamed Melehi, Farid Belkahia et Mohamed Chabâa du mouvement de Casablanca. D’un coup on m’avait expliqué sans raisons apparentes que je n’allais plus dispenser de cours et on m’a aussi retiré mon salaire. Cet incident m’a encouragé davantage à quitter le Maroc. C’est ainsi que je me suis installé en France et plus précisément en Normandie.

Une fois en France, comment s’est articulée votre carrière ?
 Lorsque j’ai débarqué en France ce n’était pas difficile de trouver du travail. Je me suis lancé dans la publicité étant donné que j’avais une formation en graphisme. J’avais aussi un rêve, celui d’ouvrir une école d’art que je voulais concrétiser. C’est ainsi que j’ai créé un petit atelier à Caen qui me servait pour mon travail et j’en profitais pour y dispenser des cours en peinture aux jeunes du quartier. Par la suite j’ai intégré l’Ecole des Beaux-arts de Caen où j’ai créé un département audiovisuel au début des années 80 pour enseigner l’art pictural appliqué ou adapté aux nouvelles technologies. J’ai poursuis ma carrière de professeur jusqu’en 2004 date de mon retour au Maroc.

En parlant de votre retour, qu’est- ce qui vous a motivé à venir vous réinstaller dans votre pays après 30 ans d’absence ?
En 2004, j’avais pris ma retraite et j’ai décidé de revenir chez moi dans mon pays. C’est ainsi que j’ai organisé mon retour et j’ai acheté un appartement à Marrakech dans lequel je vis actuellement. J’avais senti quelque part qu’il fallait absolument que je retourne. Et le moment était bel et bien arrivé.

Vous n’avez pas eu peur de la réaction des professionnels de la scène artistique marocaine étant donné que vous vous êtes longtemps absenté ?
C’est vrai que je me suis longtemps posé la question vu que quelque part on aurait pu oublier que j’ai fais partie des artistes peintres qui ont donné le coup d’envoi au mouvement pictural et plastique contemporain au Maroc. Mais j’avais déjà envisagé mon retour en venant une année sur trois au Maroc. J’ai été même surpris de voir que les gens se rappelaient de moi. C’est ainsi que s’est organisé mon retour et que j’ai décidé de le marquer avec une exposition rétrospective qui aura lieu du 16 avril au 8 mai 2005 à la galerie bleue de Marrakech. Cette exposition englobera tout mon travail, de mon époque au Maroc jusqu’à mes œuvres en France.

La rumeur affirme que vous vous êtes converti au christianisme. Ce serait pour cela que vous avez changé de nom, et que vous vous appelez Roman au lieu de Mohamed ?
Jamais de la vie. Que Dieu m’en préserve. J’ai changé de nom certes mais je ne me suis pas converti. En fait, j’ai dû modifier mon nom pour des tracasseries administratives et pour pouvoir accéder à la nationalité. Lorsque je suis parti en France, pour pouvoir être titularisé dans le professorat, j’ai dû changer mon nom tout simplement. Mais maintenant, au Maroc, je me présente sous mon ancienne appellation, je suis toujours Mohamed.

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