Atika Sermouh, une voix miraculée

Atika Sermouh, une voix miraculée

Atika Sermouh est une voix. Une voix féminine bien timbrée, l’une de celles qui mettent immédiatement l’auditeur en confiance. Cette voix ne tient jamais aussi bien son vis-à-vis que lorsqu’elle s’exprime sur la femme. L’intérêt de Atika Sermouh pour la femme est toutefois antérieur à ses débuts à la radio. Après l’obtention d’un DES en sciences politiques à la Sorbonne, elle s’est inscrit à un doctorat sur les immigrées maghrébines en France. Ce doctorat, elle n’a jamais réussi à l’aboutir. Elle n’a pu se dévouer à ce travail de longue haleine, parce qu’elle était impatiente d’oeuvrer concrètement au service de la cause qui lui tenait et lui tient toujours le plus à coeur. Elle a quitté Paris en 1981 pour suivre son mari au Maroc. Dans sa conversation, Atika Sermouh ne laisse pas passer une occasion sans marquer sa dette envers son époux, l’économiste Mohamed Salah Eddine. « C’est grâce à lui que j’ai pu m’épanouir, c’est dans son voisinage que j’ai appris le sens du militantisme », dit-elle. La vie commune avec un chercheur a donné le sentiment à Atika Sermouh qu’elle pouvait écrire. Elle s’est tournée vers la presse écrite, en vain ! Car c’est le département radio de la RTM qui lui a ouvert les portes. Elle a travaillé pendant neuf ans à la station régionale de Fès. Elle a couvert toutes les manifestations politiques et culturelles de cette ville. « J’étais comme sur un nuage, parce que j’étais la seule journaliste à jouir du statut de correspondante francophone dans le pays ». Durant les années passées à Fès, Atika Sermouh a créé une émission dont se rappellent encore certains artistes: «La culture au pluriel». Cette émission a été diffusée également à l’étranger, puisque sa qualité a permis son passage dans les stations partenaires de la radio marocaine chaîne internationale. La réussite de cette émission a également valu à l’intéressée la proposition d’un poste à Rabat. La facilité de se rendre aux studios de Rabat, Atika Sermouh l’a immédiatement exploitée pour donner une voix à son militantisme pour la cause de la femme. Elle a créé une émission intitulée « Portraits de femmes ». Des Marocaines, occupant aujourd’hui des postes importants, ont été les invitées de Atika Sermouh. Il ne faudrait pas toutefois croire que l’intéressée fait partie de ces féministes, volontiers sèches ou agressives lorsqu’elles s’adressent à des hommes. Généreuse, exubérante, et réputée pour son exquise gentillesse, Atika Sermouh compte autant d’amis parmi les hommes que les femmes. Le sens de l’amitié qu’elle cultive lui a permis d’être entourée à l’occasion d’une circonstance particulièrement douloureuse. L’époux de Atika Sermouh est mort dans un accident de voiture en 1993. L’intéressée a été si bien affectée par ce drame que sa voix s’en est altérée. « Dans la radio, une voix transpose l’état d’âme de son auteur. Il faut que cette voix soit saine, communique aux auditeurs la joie et l’envie de se battre pour un monde meilleur. Or, mon deuil s’imprimait sur ma voix, et je ne pouvais pas transmettre ma tristesse à ceux qui m’écoutent ». Elle s’est retirée de l’antenne ! La voix de celle à qui s’étaient habitués les amoureux de la radio s’est tue pendant quatre ans. Atika Sermouh a toutefois continué à travailler dans la RTM, mais en tant que gestionnaire. Et il a fallu beaucoup d’insistance et de patience de la part de ses collègues et amis pour que sa voix s’élève de nouveau dans les ondes. Elle a repris l’antenne avec une émission intitulée «La saga des femmes». Atika Sermouh s’est également réconciliée avec ses amours littéraires en présentant «Dites-le avec les livres» qui a comblé un vide en matière d’émissions radiophoniques consacrées à l’industrie du livre. Cette émission a été interrompue, au grand dam des éditeurs. Atika Sermouh n’a pas abandonné les livres, et pour preuve, elle a créé dans ce sens une émission qui sera bientôt diffusée. En attendant, ceux qui n’ont pas encore fait connaissance avec la voix de Atika Sermouh peuvent la découvrir tous les vendredis entre 14 et 15h. Ses collègues de la rue Brihi ont consacré cette journée par cette appellation : les vendredis heureux de Atika Sermouh.

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