Au-delà de la fête

Le Maroc connaît depuis quelques années un foisonnement remarquable en matière de festivals. Chaque ville, chaque région, s’arrange pour avoir le sien. On ne peut que saluer une telle vitalité culturelle qui donne à voir un pays vivant dont la population adore se retrouver autour d’événements de ce genre.  Justement, ces festivals ont montré que les Marocains savent faire la fête dans un esprit de discipline et de respect incontestables. Est-ce pour autant suffisant ? Faut-il organiser des festivals, juste pour permettre au public de s’extérioriser et de prendre du bon temps ?
En vérité, le rôle d’un festival doit s’inscrire au-delà d’un simple exutoire collectif ou d’une manière de contrecarrer la montée de l’intégrisme dans la société marocaine. Ceci ne doit pas être sa seule mission. Un festival doit pouvoir également favoriser le décollage des villes qui l’organisent sur le plan touristique, à l’image de ce qui se passe ailleurs comme en France où des villes entières ont bien exploité leur potentiel, grâce à des festivals : c’est le cas de Cannes, d’Avignon, etc. D’ailleurs, la dernière grève des intermittents des spectacles dans l’Hexagone  a rejailli sur un ensemble de professions qui  avaient l’habitude de faire le gros de  leurs chiffres d’affaires pendant ces manifestations.  Chez nous, la situation est différente. L’existence de nombre de festivals, notamment ceux organisés par le ministère de la Culture, dépend  de la subvention octroyée souvent  à fonds perdus par  ce département.  
En d’autres termes, il faut qu’un festival se transforme en entreprise qui  génère ses propres ressources et  rapporte surtout quelque chose pour l’économie locale et fasse animer des activités liées au tourisme. Pour le moment, le seul exemple qui a réussi c’est le festival des Gnaouas  d’Essaouira qui a permis de faire bouger cette cité longtemps ignorée des touristes nationaux et étrangers. Le festival Timitar, qui en est à sa deuxième année après une première édition très prometteuse, est en train de donner un nouveau souffle à la ville d’Agadir. Quant au festival des Musiques sacrées, malgré sa renommée mondiale,  force est de constater qu’il  est resté élitiste sans  créer une vraie dynamique pour l’ensemble des espaces  de Fès, une ville pourtant  aux prises avec une crise multiforme.
Le festival des Arts populaires de Marrakech,  quant à lui, pèche par son concept vieillot qui n’est plus adapté à l’image de la cité.            
Sortir de l’amateurisme et s’inscrire dans le professionnalisme. Tel est le défi que doivent relever les différents festivals organisés dans le pays. Pour cela, il est nécessaire de doter ce secteur d’un cadre juridique à même de faciliter sa mutation, de telle façon à devenir non seulement un vecteur d’animation mais aussi un véritable levier économique.

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