Au-delà des épines, le plaisir

Au-delà des épines, le plaisir

«Juteuses, sucrées, très rafraichissantes, les figues de Barbaries peuvent sauver de la faim et même des maladies», dit-on. Des caractéristiques qui restent largement à prouver. Ce fruit jaune ou rouge à maturité est consommé de plus en plus durant l’été. «On est habitué à manger des figues de Barbarie chez des vendeurs ambulants. Elles sont consommées fraîches.En plus, elles sont hydratantes», témoigne Othmane, habitant dans un quartier populaire à Casablanca. La figue de Barbarie est un des fruits la plus précieux de la nature, cependant, aussi précieux qu’il soit, il ne coûte pas cher, en comparaison à d’autres fruits. Par ailleurs, la récolte de la figue de Barbarie est une opération qui mobilise tous les membres de la famille. «Les rendements de ce fruit dépendent de la variété et des conditions climatiques. Ainsi, ils dépendent énormément des localités et de la plumétrie annuelle», souligne Aziz, 25 ans, récolteur de figues de Barbarie. «Après une année pluvieuse, on peut récolter jusqu’à 80 kg des arbres âgés. Par contre, en année de sécheresse, à peine une dizaine de kilogrammes est produite par arbre», ajoute ce récolteur.  Ce fruit délicieux peuple toutes les régions du Royaume. Il se distingue par sa forme, sa couleur et son goût juteux. Certains types sont bien connus comme la «Dallahia» dans la région d’Al Hoceïma, la «Doukalia» dans la région d’El Jadida, la «Rehmania» dans le région du Tensif et la «Haddaouia» dans la région de Casablanca. D’autres types de figues de Barbarie sont également très convoités dans la région de Tiznit, il s’agit de «Achfri», «Moussa» et «Aissa». Il y a lieu de noter que les figues de Barbarie sont consommées par la population locale fraîches ou séchées. La distinction entre ces différents types est basée sur la forme et la qualité des fruits et sur leur période de floraison et de maturité. La superficie totale de la province de Tiznit est de 820.000 ha dont 34.110 ha de figuiers de Barbarie soit un taux d’occupation de 4,2%.  «La superficie plantée de figuiers de Barbarie subira dans les prochaines années une nette augmentation car sa culture cadre parfaitement avec les objectifs du Plan Maroc Vert. La plupart des programmes régionaux du PMV prévoient la création de nouveaux vergers de superficies plus ou moins importantes», a indiqué Aït Hamou Abderrahman, président de l’Association nationale pour le développement du cactus Kelaa des Sraghna (ANADEC). Ce fruit constitue même le pilier de l’économie familiale dans cette région. Dans plusieurs douars, la céréaliculture a été délaissée au profit du figuier de Barbarie. Sa culture est peu exigeante en investissements et le revenu qu’elle peut générer est très important. En plus, sur le plan environnemental, elle est d’une grande utilité pour la lutte contre l’érosion et permet d’améliorer, à long terme, la fertilité des sols.
À côté de son importance écologique, le cactus figuier de Barbarie se caractérise par sa saveur originale et par ses propriétés diététiques et nutritionnelles. Et pour mieux exploiter cette mine d’or, plusieurs coopératives et entreprises marocaines, spécialisées en agroalimentaire et en cosmétique ont exploité ces fruits en fabriquant de la confiture, de la gelée ou même un nectar. Aussi, à partir des graines de ces fruits, ils arrivent à extraire une huile à forte valeur ajoutée commerciale. «Dans notre coopérative, on fabrique de la confiture à partir des figues de Barbarie et des filets en conserve à partir des raquettes. A partir des graines de ce fruit, on peut extraire une huile dont le prix varie entre 15.000 et 20.000 dirhams le litre», a souligné Halima Nazih, membre active de la coopérative féminine «Aknari», connue au niveau de la région des Aït Baâmrane dans la province de Tiznit. Vu sa rareté et ses propriétés presque magiques, l’huile des figues de Barbarie attirerait potentiellement une importante demande de la part des fabricants de cosmétiques. «Il faut environ une tonne de figues de Barbarie pour extraire un seul litre d’huile cosmétique.
Cette huile 100% vierge est obtenue par pression à froid des graines du précieux fruit», note Halima. Cependant, plusieurs obstacles entravent la commercialisation de ces produits au Maroc et à l’étranger. «La difficulté d’accès aux zones rurales rend difficile la commercialisation des figues, surtout qu’il s’agit d’un fruit périssable», souligne Mme Nazih. À côté de ces obstacles, d’autres difficultés freinent la valorisation de ces produits à l’intérieur et à l’extérieur du pays. «Le prix est trop cher. Il est justifié par la faible teneur des graines en cette huile précieuse», a ajouté le président de l’association ANADEC. Et de poursuivre : «Il faut innover et créer des marques cosmétiques nationales qui seront appuyées par des résultats de recherche fiables et des efforts en matière de marketing. Quant aux obstacles de la commercialisation de la confiture de figues de Barbarie, cela relève du domaine de l’agroalimentaire et se caractérise par une concurrence très palpable sur le marché. Nous ne pouvons ni imposer ni garantir un avenir à cette confiture préparée selon des procédures artisanales. Il faut donc améliorer notre technologie de production et mener des recherches sur les vertus de la confiture à base du cactus», déclare M. Aït Hamou. Le figuier de Barbarie est l’exemple type d’espèce parfaitement convenable pour la mise en valeur des zones arides et semi-arides. Son intérêt nutritif, cosmétique et écologique en font une précieuse mine d’or pour le Maroc.

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