Au Maroc, le business de la culture évolue technologiquement

Au Maroc, le business de la culture évolue technologiquement

La culture représente un marché diversifié et plein d’opportunités. Un marché qui permet à l’artiste de devenir entrepreneur et à l’entrepreneur de toucher à l’art. Pour Mehdi Qotbi, artiste-peintre et président de la Fondation nationale des musées du Maroc, la culture est avant tout un outil d’émancipation et d’ouverture sans lequel aucun pays ne peut se développer. C’est aussi un secteur créateur de richesse. «En France, la culture contribue sept fois plus au PIB que l’industrie automobile. Il est important que les pouvoirs publics soutiennent tous les types d’actions culturelles et encouragent également les initiatives privées en ce sens. Il ne faut pas oublier que la culture est aussi un argument touristique. Aujourd’hui le tourisme culturel est la première source d’attraction des visiteurs, bien plus que le balnéaire», ajoute M. Qotbi dans une déclaration à ALM. Le gouvernement semble avoir compris le rôle de la culture dans le développement économique. De grands projets ont été lancés dans ce sens, dont la Vision 2020 pour la culture, une stratégie censée «faire de la culture un vecteur de développement économique». Les start-up ont déjà compris cela. Les jeunes entrepreneurs mettent de plus en plus les arts et les loisirs culturels au cœur de leur business, souvent lié aux nouvelles technologies.

Entreprendre avec technologie
Des services de réservations pour assister à des spectacles aux nouveaux outils pour le téléchargement des livres en ligne, les start-up «digitalisent» la culture et le public interagit positivement souvent. Le numérique est devenu en effet un outil d’impact qui permet d’étendre la création et l’innovation culturelle à d’autres horizons et de conquérir de nouveaux publics en même temps. «Le numérique est une gigantesque opportunité pour le développement de l’activité de la start-up et du secteur culturel. Pour Vost, les réseaux sociaux sont au cœur du business model et de la stratégie de communication», affirme Lina El Yakhloufi, CEO de Vost, une start-up qui a allié entre l’art et le business en créant une marque de LifeStyle marocain, et qui commercialise ses produits sur les réseaux sociaux. Si les jeunes consommateurs choisissent le numérique, la culture sera plus digitale. «L’hybridation n’est pas un choix, mais une nécessité, elle s’impose aux secteurs culturels et surtout aux investisseurs dans le domaine. C’est grâce au numérique que nous avons pu nous rapprocher du client pour le rééduquer et l’inciter à changer ses habitudes de consommation et à adopter nos produits. Nous sommes aujourd’hui à 200.000 followers sur Facebook, ce qui nous a permis d’avoir plus de visibilité et de développer notre activité». Les entrepreneurs du secteur culturel changent ainsi de paradigme pour muter, car dans le domaine du business culturel le concept de «diffusion et partage de la culture» est primordial, de même que l’autonomie créative. En cela, ils rejoignent les créatifs, même si leurs motivations ne sont pas ordonnées de la même manière.

La new-wave des start-up culturelles
Encore peu nombreuses, elles commencent à émerger dans le paysage, avec des concepts à la fois innovants et prometteurs. Elles se nourrissent pour la plupart de business models stables pour renforcer leurs mises sur le marché et leur croissance, et passent par des incubateurs pour être accompagnées pendant leur phase d’amorçage. Ces start-up qui ont choisi le culturel pour lancer leur activité commerciale sont toutes actives en ligne. «Artips» propose des contenus décalés sur l’art via une newsletter et exploite les opportunités offertes par le B2B en proposant une offre aux entreprises. «Vost» s’inspire de la culture populaire afin d’apporter à la jeunesse marocaine une marque vestimentaire qui reflète leurs souvenirs d’enfance, leur vécu quotidien et leurs aspirations les plus profondes, alliant un travail de design graphique de haute qualité à un savoir-faire conceptuel dans le textile. Leurs visuels sont conçus par des lauréats de grandes écoles d’art et leur gestion est assurée par des jeunes entrepreneurs passionnés par le domaine. «Art’Shop» a lancé l’ouverture du site www.artshop-maroc.com au profit des artistes amateurs et professionnels désireux de commercialiser leurs créations artistiques telles que des peintures, photographies, sculptures et autres. TheWallGames a développé un jeu mobile «Z7am», disponible sur iOS et Android, avec lequel Yassine, son concepteur, s’est vu remporter le pitch lab 18. Artistes et créateurs avant tout, les créatifs se lancent dans l’entrepreneuriat pour avoir une autonomie créatrice et se donner les moyens d’une grande liberté artistique. Une étude statistique du centre de recherche de HEM, menée auprès de 164 entreprises, qui présente un panorama des entreprises créatives, «profile» leurs entrepreneurs et s’interroge sur les tendances de ce secteur en évolution. Les 2/3 des entreprises culturelles qui se déclarent dépendantes de l’Etat pour leur financement ont des dirigeants qui se définissent comme «artistes créateurs». Ces dirigeants font appel à des ressources spécifiques au secteur culturel. Ils reçoivent ainsi 53% de leurs financements de mécènes et sont les premiers à citer le sponsoring comme une de leurs principales sources de revenus. «Les artistes-entrepreneurs ont des problèmes de financement, comme dans tous les autres secteurs d’investissement. Ils doivent penser avant de chercher des investisseurs à développer leur clientèle, leur public et changer ses habitudes, et d’intégrer la rentabilité dans le cadre de leur activité pour être indépendants», explique Ilham Halib, cofondatrice de 7ay coworking, un espace de bureaux partagés dédié à l’entrepreneuriat et à l’initiative individuelle créative. «7ay se veut être un espace d’expression artistique et culturelle, en affectant ses murs aux artistes qui veulent présenter leurs œuvres, performances, projections. On lance ainsi l’échange entre artistes, entrepreneurs et investisseurs pour motiver la collaboration dans ce sens. Je crois que le business culturel peut se développer grâce à l’évolution des start-up et de la technologie, il faut les soutenir, comme nous le faisons, en plus des incubateurs qui ont vu le jour ces derniers temps», ajoute Ilham.
La nouvelle donne renouvelle ainsi le champ de l’entrepreneuriat culturel. Le numérique modifie l’écosystème et les habitudes des clients-publics, ouvrant de nouvelles portes à des entrepreneurs audacieux et innovants, accélérateurs de développement.

Soukaina Zoubir

(Journaliste stagiaire)

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