Au pays du Soleil Levant

Aujourd’hui le Maroc : Que représente pour vous cette exposition ?
Saâd Hassani : Une exposition constitue à chaque fois un moment très fort dans la vie d’un peintre. Elle lui permet d’avoir le recul nécessaire pour apprécier où est-ce qu’il en est par rapport au cheminement de son oeuvre. Un peintre, à mon sens, est un homme qui se pose constamment cette question simple: où il en est et comment faire avancer les choses ? Il doit se mettre continuellement en difficulté, fuir la position confortable, même si le public n’approuve pas ce qu’il fait. C’est à ce prix qu’il peut orienter sa peinture vers des voies inédites. Lorsque je peins, je suis dans le face-à-face avec l’oeuvre, et par conséquent, je n’ai pas le temps d’apprécier où je vais et qu’est-ce que j’ai pu introduire par rapport aux travaux précédents. L’expo me permet cela, parce que je ne suis plus dans des dispositions d’un praticien, mais dans celles d’un spectateur critique. J’ai aussi besoin du regard des autres pour voir où j’en suis.
Vous présentez au public une peinture différente. Se renouveler, est-ce obligatoire ?
Tout peut basculer dans la peinture. Le thème, la façon de peindre… Je serais incapable de dire que cela fait partie d’une recherche préméditée ou que c’est seulement ainsi. Toujours est-il que le tableau peut basculer et se transformer sans crier gare. C’est une chose inhérente à l’acte de peindre et une éventualité à laquelle je suis ouvert au quotidien. Quant au renouvellement comme une nécessité pour ne pas dormir sur ses lauriers et introduire du nouveau dans la peinture, surprendre l’autre par la capacité à changer de peau, au vrai, je me soucie très peu de cela. La seule chose dont je suis sûr, c’est que l’acte de peindre a partie liée avec un état d’esprit qui porte constamment à basculer.
D’où vous est venu l’idée de ces tableaux ronds qui rappellent le tondo, forme qui était en vogue pendant la Renaissance ?
C’est effectivement des tondos, mais ils renvoient moins à la Renaissance qu’à l’Extrême-Orient. Actuellement, ma préoccupation est de voir jusqu’à quel point je peux flirter avec la culture orientale. C’est pour cela que j’ai adopté la forme d’un tondo. Je m’éloigne des formes primitives africaines qui m’ont attiré à un certain moment pour chercher mon bonheur au pays du Soleil Levant.
Vous exposez dans votre atelier. Pourquoi le choix d’exposer dans votre espace ?
D’abord, parce que je n’ai pas où présenter mes oeuvres. Je ne vois pas où trouver l’espace qui peut m’offrir la hauteur adéquate et la bonne lumière pour accrocher mes tableaux. En dehors de la galerie nationale de Bab Rouah, il n’en existe pas. En plus, j’estime que c’est une bonne idée d’ouvrir son atelier aux autres. Qu’ils puissent se faire une idée du lieu même où les oeuvres ont été réalisées, qu’ils discutent avec leur auteur dans un cadre convivial où il a ses repères et habitudes, et où il ne sera pas gêné comme dans une galerie. Mon atelier est ouvert au public, pendant deux semaines, tous les jours de 18h à 20 h. Les gens sont donc appelés à violer l’espace de mon intimité.

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