Avec la crise, les pianos Petrof mettent la pédale douce

Avec la crise, les pianos Petrof mettent la pédale douce

«Quand la crise arrive, les gens pensent à autre chose qu’à acheter un nouveau piano. C’est normal» constate sans amertume Zuzana Ceralova-Petrofova, directrice de la célèbre entreprise fondée en 1864 par son arrière-arrière grand-père, Antonin Petrof (1839-1915). D’ici à juillet, environ 200 des 390 employés auront quitté la société, située dans la banlieue de Hradec Kralove, ville à une centaine de km à l’est de Prague. Renommé pour sa production strictement artisanale et connu pour ses prix haut de gamme, Petrof fabriquait ces dernières années quelque 7.000 pianos par an, pour majeure partie destinés à l’exportation. Mais les commandes en Europe, en Amérique du Nord et en Asie vont decrescendo. Les Etats-Unis, alors premier marché pour Petrof, ont sombré dans la morosité après les attentats du 11 septembre. La faiblesse du dollar, la montée de la concurrence asiatique et finalement la crise économique ont fait le reste.
L’an dernier, Petrof a fabriqué quelque 2.000 pianos droits et 850 pianos à queue, loin des fastes d’antan. «Depuis la mi-octobre, il était plus ou moins clair que la crise allait frapper tous les territoires. Nous exportons 90% de notre production et il fallait agir», explique la directrice. L’entreprise a déjà survécu à deux guerres, à l’invasion nazie puis au régime communiste. «Pendant la crise des années 30, Petrof fabriquait des traverses de bois, et pendant la guerre, des caisses à grenades», rappelle cette quadragénaire élégante et énergique. Sans renoncer à la production des pianos, la société s’est tournée cette fois-ci vers la fabrication de meubles de luxe, en utilisant le savoir-faire de ses ouvriers en matière d’ébénisterie, de polissage et de vernissage.
La nouvelle gamme est composée de meubles d’appartement et de cuisine, avec un design travaillé qui joue sur la finition laquée caractéristique des grands pianos. «La technologie est pratiquement la même pour les deux secteurs», explique Martin Jencek, le jeune directeur de la production de la société, dans un atelier spacieux où se répand une agréable odeur de bois. Et si les ventes de pianos baissent, il y a un «boom» des commandes de meubles, selon lui. «A l’heure actuelle, elles sont trois fois plus nombreuses qu’en début d’automne», précise-t-il.
La Russie se profile comme un marché très prometteur : «Il y a des clients prêts à investir entre 70.000 et 100.000 euros dans leur cuisine. Nous en avons déjà vendu quelques-unes à Moscou», confie la directrice.

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