Avec Yousra dans «l’immeuble Yacoubian»

Avec Yousra dans «l’immeuble Yacoubian»

ALM : Dans «L’immeuble Yacoubian», vous n’apparaissez qu’à la fin du film. Comment avez-vous accepté de jouer un second rôle ?
Yousra : Le personnage de «Christine» que j’interprète dans ce film n’est pas un grand rôle, mais il n’est pas secondaire non plus. J’irais même jusqu’à affirmer que c’est le plus important dans ce long-métrage de Marwan Hamed. Christine incarne la morale et la conscience du film au moment où tous les protagonistes sont victimes de la transformation de la société égyptienne, ils laissent leurs pulsions s’exprimer au point de déroger aux bonnes mœurs. Bien avant le réalisateur, l’auteur du livre éponyme «L’immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany, a veillé à dévoiler le contraste de ces personnages réels et qui sont muselés par toutes sortes de tabous.

Le film est tiré d’une histoire vraie que raconte le roman. Le personnage de Christine existe. L’avez-vous rencontrée ?
Christine existe en effet. Elle habite au Caire et en préparant le film, je suis allée discuter avec elle pour m’imprégner de sa vision des choses et du monde. C’est une personne très douce et calme qui ressemble fortement au personnage façonné par Alaa El Aswany et adapté par Marwan Hamed. J’ai été très impressionnée par sa lucidité et sa gentillesse. Dans le film, Zaki Pacha, incarné par Adel Imam, avait eu une grande aventure avec cette Egyptienne d’origine française. Ils avaient vécu une belle histoire d’amour qui a fini par un échec. Mais Christine le considérait comme l’amour de sa vie. Même si leurs sentiments ont perdu de leur intensité, l’amour s’est transformé en une belle amitié. Christine a pardonné à Zaki Pacha et il lui sera reconnaissant toute sa vie. Dans notre société d’aujourd’hui, des gens avec une telle noblesse d’esprit et une telle tendresse sont rares pour ne pas dire inexistants. Une femme peut accepter tout d’un homme sauf l’infidélité. Mais Christine prouve que même dans ce genre de situation, le pardon n’est guère impossible

Ce film est le premier long-métrage de Marwan Hamed. Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter la  proposition de ce réalisateur en herbe ?
Bien avant d’être convaincue par le personnage qui m’a été proposé, je connaissais bien Marwan Hamed et sa famille. Sa valeur humaine et son professionnalisme sont indéniables. Lorsque j’ai appris qu’il voulait adapter le roman d’Alaa Al Aswany que j’ai d’ailleurs adoré, j’ai été séduite par son courage. J’étais par ailleurs convaincue que son film allait être réussi.   Pour ma part, j’aime le défi, je n’aime pas la facilité. A travers le scénario du film, j’ai senti la profondeur des personnages que l’auteur du roman a analysée sous un microscope. Tous ces éléments ont fait que j’ai accepté de faire partie de la distribution du film sans hésiter.

Ces derniers temps, la presse égyptienne s’est fait l’écho de votre réaction au sujet du phénomène des actrices qui portent le voile. Etes-vous contre le port du voile ?
Le port du voile fait partie des libertés privées. Je ne peux me permettre de m’immiscer dans la vie privée des gens. Ce qui a été publié dans la presse est de la pure spéculation. Je n’ai pas tenu ce genre de propos. Je m’abstiens d’ailleurs de formuler ce genre de remarques. On ne peut rien imposer à son entourage, même s’il existe des actrices de ma génération qui portent le voile aujourd’hui, je ne peux que respecter leur choix. Je n’ai pas à leur imposer quoi que ce soit.

Comment appréciez-vous  l’évolution de votre  carrière d’actrice ?
En tant qu’artiste, je suis toujours à la recherche de ce qui peut aller dans le sens de l’évolution de ma carrière. Je suis une personne qui aime se battre et relever des défis tout au long de ma carrière professionnelle. Je ferai de mon mieux pour me perfectionner davantage. Pour cela, je pense qu’il faut rester à la recherche de rôles de qualité. L’exigence professionnelle a toujours été pour moi une sorte de boussole

Le film « Viens, on danse » d’Inés Dghidi dans lequel vous incarnez le rôle principal a essuyé de vives critiques en Egypte. Pourquoi ?
Inés Dghidi est connue pour son audace cinématographique. Certains milieux islamistes ont qualifié ce film d’immoral. Le fait que j’en sois l’actrice principale a attisé leur colère puisqu’ils ne me portent pas moi non plus dans leur cœur.
 
Le cinéma égyptien d’aujourd’hui ne semble plus faire l’unanimité. Qu’est ce qui explique ce changement ?
Le cinéma égyptien, l’un des pionniers dans le monde, a connu ses années de gloire jusqu’aux années 70. A l’époque, la femme était libérée et respectée. Mais tout comme la société, le mouvement cinématographique a connu des changements. Nous assistons de plus en plus à la réalisation de films comiques qui privilégient la distraction et délaissent l’art pur et dur. Je pense qu’il faut finir par comprendre que nous ne pouvons pas rire de tout et de n’importe quoi. Il faut accepter qu’un film puisse être sérieux.

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