Barenboïm jouera à Rabat

Barenboïm jouera à Rabat

«Je vais jouer à Ramallah pour prouver qu’il n’y a pas de solution militaire ni d’un point de vue moral ni d’un point de vue stratégique ». L’homme qui a tenu ses propos est le très célèbre chef d’orchestre Daniel Barenboïm. Fervent défenseur de la paix, ce chef d’orchestre et pianiste israélo-argentin a défié Ariel Sharon, en donnant le 11 septembre 2002 un récital de piano à Ramallah, la ville autonome palestinienne où se trouvent les bureaux de Yasser Arafat qui étaient alors encerclés par les chars israéliens. Ce concert a eu lieu contre vents et marées. L’armée israélienne avait en effet essayé d’empêcher Daniel Barenboïm de se rendre en Cisjordanie en lui expliquant qu’en jouant chez les Palestiniens, il jouait aussi sa peau. Daniel Barenboïm a tenu bon, et son récital a fait salle comble dans une école à Ramallah. Bien plus, il s’est produit avec des instrumentistes palestiniens. Le récital de Ramallah a constitué le premier pas vers la formation d’un Orchestre de la Paix, composé de 80 jeunes musiciens choisis parmi les meilleurs en Palestine, en Israël, en Jordanie, en Egypte, en Syrie et au Liban. Daniel Barenboïm n’aurait pu aboutir le projet de la formation de cet orchestre sans l’appui de l’écrivain palestinien Edward Said qui enseigne la littérature comparée à l’université Columbia aux USA. Les deux hommes se connaissent bien et s’apprécient. Chacun d’eux a son violon d’Ingres. Le penseur est un bon pianiste. Le pianiste de renom s’intéresse aux questions philosophiques. L’un et l’autre ont réalisé un livre à deux voix. Un livre où le musicien aborde les grands sujets philosophiques et où l’intellectuel abonde en considérations musicales. Le livre en question s’intitule « Parallèles et Paradoxes. Explorations musicales et politiques » (Le serpent à Plumes, Paris, 2003). Les deux hommes sont engagés pour la paix au Proche-Orient, et ils sont convaincus qu’un orchestre, composé de musiciens issus de pays en conflit, est en soi la preuve d’une entente possible. Grâce à la fondation des Trois Cultures, dont le siège se trouve au pavillon Hassan II à Séville, l’Orchestre de la Paix donnera un concert exceptionnel le 24 août à Rabat. À la tête de cette fondation, deux présidents d’honneur : SM le Roi Mohamed VI et Juan Carlos, le Roi d’Espagne. La présidence effective est assurée par Manuel Chaves, président du gouvernement autonome d’Andalousie. Cette fondation milite pour la paix et le dialogue entre les peuples issus des trois religions monothéistes. Son co-directeur, Mohamed Ennaji, s’exprime avec beaucoup d’enthousiasme sur le concert du 24 août. « C’est une chance inouïe pour le Maroc que l’Orchestre de la Paix se produise à Rabat avant de jouer à Londres, Berlin ou Nice où il est très attendu», dit-il. Compte non tenu de ses objectifs très louables, l’Orchestre de la Paix est de nature à attirer un très large public de mélomanes. Et pour cause, l’homme qui le dirige est considéré comme l’un des plus chefs d’orchestre vivants. Il se distingue particulièrement dans la direction des opéras de Mozart et des symphonies de Beethoven. Comme pianiste, il est également très célèbre, aussi bien dans l’interprétation de récitals pour piano que dans des concertos. Au programme du concert de Rabat, Daniel Barenboïm va diriger la 3ème symphonie de Beethoven, dite la symphonie héroïque. C’est l’une des compositions les plus denses et parmi les poignantes du compositeur allemand. Il mettra ensuite de côté sa baguette pour se libérer les mains. Le public du théâtre Mohamed V aura en effet la chance d’apprécier Daniel Barenboïm en chef d’orchestre et en instrumentiste. Il interprétera un concerto de Mozart pour trois pianos. Deux pianistes, l’un palestinien et l’autre israélien, vont accompagner le maestro. L’harmonie qu’ils vont produire ensemble est bien plus qu’une suite de notes de musique. C’est déjà l’espoir d’une paix possible.

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