Belmou : «Les ânes sont intelligents»

Belmou : «Les ânes sont intelligents»

ALM : « Le carnaval des ânes » fait aujourd’hui partie intégrante du festival de Beni Ammar qui s’est clôturé le 23 juillet dernier. Quel est l’intérêt d’une telle manifestation ?
Mohamed Belmou : Le carnaval des ânes en est aujourd’hui à sa quatrième édition. Nous avons créé cet évènement à l’intérieur du festival de Béni Ammar pour ôter tous les préjugés qui ont collé à la peau de cet animal.
L’âne a souffert de certains qualificatifs qui le taxent d’idiot, et de servile. Or, ce n’est pas vrai, cet animal est intelligent et il joue un grand rôle dans le monde rural, il résout pas mal de problèmes liés au transport de marchandises. Malheureusement, on oublie toutes ces qualités et certains n’hésitent pas à le maltraiter et à l’insulter.
En organisant ce carnaval, nous pensons le réhabiliter pour qu’on l’apprécie à sa juste valeur. 

Quelle est la règle du jeu de ce carnaval des ânes ?
Le carnaval est une sorte de concours pour primer le plus bel âne et celui qui est le plus en forme. Ils doivent passer plusieurs épreuves dont celui de la course de vitesse. Des vétérinaires et d’autres membres du jury sont là pour observer leurs performances. Ils sont appelé à décerner trois prix au total. Plusieurs critères sont pris en considération. Les ânes candidats doivent être propres, beau et surtout il doivent faire preuve de compétences physiques. Le premier prix revient à l’âne le plus rapide. Cette année c’est «Pourquoi pas» qui a reçu le premier prix et le second a été attribué à «Frik’s».

Quels sont les prix que reçoivent les ânes gagnants à la compétition ?
Tout d’abord nous donnons une somme d’argent d’un montant de 2000 DH aux propriétaires de ces animaux. Mais nous ne voulons pas que l’âne soit exploité, c’est pour cela que nous lui offrons de gros sacs remplis d’orges. Il faut qu’il profite lui aussi de sa récompense.
 
Pourquoi le festival focalise toute l’attention sur cette compétition des ânes ?
Le carnaval des ânes n’est pas la seule activité du festival de Beni Ammar situé à proximité de Jbel Zerhoun.  En fait, le festival prévoit plusieurs rencontres, des soirées musicales ainsi que des débats. A titre d’exemple, lors de la sixième édition, nous avons lancé des opérations de propreté, des activités de peintures murales, ainsi qu’un débat sur la grippe aviaire en présence de plusieurs médecins spécialistes en la question. Aussi, un hommage a été, par ailleurs, rendu au comédien Mohamed El Jam.

Après avoir trouvé l’idée du carnaval des ânes ingénieuse, que comptez- vous faire pour pérenniser le festival de Beni Ammar ?
A l’avenir, nous allons trouver d’autres idées pour que ce festival puisse rayonner et pour qu’il crée une dynamique au sein de Beni Ammar.
L’association qui organise ce festival, celle des anciens étudiants de Beni Ammar, prépare également des colonies de vacances pour les enfants du village. Toutes ces activités sont menées dans le but de recréer le lien avec ceux qui ont quitté leur village.

Que voulez-vous dire par là ?
Il y a quelques années Beni Ammar comprenait 4000 habitants aujourd’hui, ils ne sont plus que 2600 à peupler ce village.
C’est le résultat de l’exode rural qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 90. La région est pauvre, les familles souffrent d’un manque de moyens, il n’y a pas de travail, donc ils quittent Beni Ammar pour aller s’installer en ville. En tant qu’association citoyenne, nous essayons de trouver des astuces pour que ces gens-là renouent avec leur terre, celle où ils sont nés et qui les a vus grandir. 

Quels sont les moyens qui sont mobilisés pour l’organisation du festival ?
Si on compare ce festival avec les autres festivals, il est considéré comme étant le plus pauvre. Le budget de cet événement servirait à peine à organiser un grand dîner pour quelques personnes. Tout cela pour dire que les moyens dont nous disposons sont dérisoires.
Le budget est d’à peine 70.000 DH. Pour les prochaines éditions, nous allons essayer d’attirer des sponsors. C’est la seule manière qui pourra aider à la survie de cet évènement.

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