Bennani : «Le plagiat menace notre design»

Bennani : «Le plagiat menace notre design»

ALM : Vous êtes designer et architecte d’intérieur, quel est votre diagnostic de la situation de cet art appliqué au Maroc ?
Jamil Bennani : A travers la richesse de notre culture, le design marocain a pu se développer d’une manière assez forte, son artisanat perpétuel a permis aux designers de créer une nouvelle identité du produit marocain. Les différentes variétés et techniques  du design sont des ressources uniques. Mais le plus important aujourd’hui est de pouvoir créer, tout en étant en symbiose avec les valeurs qui nous entourent.

Dans vos oeuvres, vous alliez justement tradition et modernité sans pour autant donner une étiquette de l’arabesque. Comment qualifiez-vous votre démarche ?
Une partie de mes créations allie tradition et modernité à travers un équilibre sensible à définir.  Je propose un point de vue différent sur un patrimoine qui unit à travers le temps les richesses andalouses, berbères, africaines et occidentales. L’idée c’est d’ajouter à ces richesses originelles une certaine finesse et d’en ressortir l’essence première. C’est une façon pour créer pour le client des objets uniques, car chaque client est particulier. Ma démarche consiste à pousser au rêve en créant des objets qui, par leurs formes, leurs couleurs et leurs textures, portent en eux un imaginaire qui nous renvoie vers nous-mêmes.

Croyez-vous en l’existence d’un design industriel au Maroc ?
Le design au Maroc est encore nouveau. C’est un art qui n’a pas encore su s’imposer même s’il est très riche. Le design n’est pas encore industriel chez nous. Il pourra le devenir mais à une seule condition. Il faudrait qu’on puisse comprendre l’impact et l’importance de cet art qui devrait se développer en parrallèle avec l’évolution économique.

Les observateurs du milieu artistique trouvent que le mouvement du design n’est pas très développé au Maroc. Partagez-vous le même avis ?
Le mouvement du design au Maroc n’est pas très actif. De par mon expérience dans la conception des meubles et la réalisation des architectures d’intérieur, je constate en effet que le design au Maroc n’est pas encore apprécié à sa juste valeur. Nous possédons très peu de designers au Maroc, c’est un secteur qui doit davantage se développer.

Vous avez créé en 1994 votre société d’ébénisterie et d’architecture d’intérieur. Etes-vous satisfait de votre projet ?
Au départ, ce n’était pas très évident de pouvoir imposer sa griffe et de s’affirmer sur la scène. Il faut juste le temps de se faire connaître. Le taux de clientèle est satisfaisant pour l’instant. C’est un temps qui a évolué au gré des années et en parallèle aux efforts fournis professionnellement.

Quels sont vos clients-types ?
Nous possédons une clientèle diversifiée dans le privé et le public. Nous travaillons aussi avec les ministères, les Offices ainsi qu’avec les particuliers. Nous n’avons pas une cible précise. Tous ceux qui sont intéressés par notre offre et notre produit font appel à nous pour le design intérieur ou pour le mobilier.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans votre secteur ?
Il y a plusieurs problèmes qui sont liés à ce secteur. Mais le fléau qui menace notre design marocain est particulier.
La bête noire du secteur du design au Maroc, c’est bel est bien le plagiat. C’est un phénomène qui nous cause énormément d’ennuis. Certains créateurs s’inspirent en profondeur de nos œuvres et les font siennes…
C’est une pratique qu’il faut dénoncer avec véhémence. Il faudrait créer des lois qui pourrait protéger le créateur. C’est la seule manière de réguler ce secteur et de le rendre transparent.

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