«Bien faire ce que l’on sait faire»

«Bien faire ce que l’on sait faire»

ALM : Le Concours international de musique du Maroc en est maintenant à sa quatrième édition. Quelles ont été les raisons de la création de cette manifestation ? Et quel bilan en faites-vous ?
Farid Bensaïd : Les concours sont une émulation pour les jeunes. C’est le moyen pratiquement unique de faire progresser nos jeunes, en les faisant se comparer aux autres.
On a commencé par monter un concours au niveau le plus élevé pour tracer le chemin. Parallèlement, on a organisé d’autres concours nationaux, qui font office d’étapes. Le but de cette manifestation est de dire aux jeunes : voilà où l’on peut arriver. C’est également une façon de démontrer que l’on peut venir chercher et obtenir des diplômes au Maroc. Souvent, c’est le chemin inverse. Et que le meilleur gagne. Un moyen de valoriser notre pays.
Il y a encore un long chemin à faire. Mais, ce qui est sûr, c’est que nous restons sur notre lancée. Nous sommes dans les étapes que nous nous étions fixé. Les meilleurs candidats au monde connaissent et viennent participer à notre concours. Le public est bel et bien au rendez-vous. Et tout un événement est en train de se créer autour de cette dynamique. Notre concours est désormais reconnu à l’international. Il est répertorié dans les catalogues et guides internationaux des concours.
L’étape suivante serait d’en faire un concours plus grand, avec une centaine de candidats au lieu de huit. Pour l’heure, les gens se présentent spontanément et nous demeurons très sélectifs.
Qu’en est-t-il du travail accompli par l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OMP), dont vous êtes le président ?
Huit ans après sa création, l’OPM a plus d’une réalisation à son actif. Le public est là, les musiciens sont là. Mais il reste également énormément de choses à faire. Notre principal handicap reste les moyens. Nous sommes toujours obligés de travailler avec les moyens du bord. Mais hormis cet handicap, il existe une très forte volonté. Quand les hommes sont là, tout se passe bien. On a montré que l’on peut arriver à franchir tellement d’étapes par la seule force de la volonté. Mais on a besoin d’un peu plus de contributions financières. Nos musiciens sont dans leur majorité des professionnels. Et il faut avoir les moyens de les payer.
Comment est financé l’orchestre?
L’OPM est financé en grande partie par les contributions des entreprises privées et, à moindre importance, par le ministère de la Culture. Il bénéficie également de plusieurs apports, dont celui du Théâtre Mohamed V et les médias. Mais nos besoins sont énormes. Organiser des concerts au Maroc, des tournées à l’international, acheter des instruments et payer les musiciens nécessite beaucoup de moyens. A lui tout seul, l’Orchestre ne peut pas tout faire. C’est impossible même dans les meilleurs orchestres du monde. Ces derniers sont financés à hauteur de 70% par des contributions externes et de subventions de l’Etat. Cette règle est mondiale. L’OPM est un projet national, et non pas celui d’une pesonne. Il faut que tout le monde participe.
Qu’en est-il du public ? peut-on à l’heure d’aujourd’hui parler d’un public marocain épris de musique classique ?
Cela est certain. On voit les mêmes personnes à chaque concert. Le public évolue également et nous demande à chaque fois d’autres oeuvres. C’est d’ailleurs le fondement de notre stratégie. Au lieu de marquer un début avec des oeuvres inaccessibles, nous avons programmé des oeuvres de manière évolutive. Nous comptons beaucoup de fidèles, dont une bonne partie est constituée de jeunes. C’est d’ailleurs la raison our laquelle nous programmons des concerts très différents : concours, musique du Nouvel An, symphonies…Plusieurs palettes de musique donc de façon à plaire au plus grand nombre.
Quel état des lieux faites-vous de la formation de jeunes musiciens au Maroc ?
Nous sommes très en retard en la matière. Nous avons besoin d’inviter des formateurs de l’étranger pour pallier ce déficit. A l’occasion de chaque concert, nous invitons des formateur pour préparer l’orchestre dans tous les niveaux du pupitre. Mais on est très loin du compte. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons également créé une école de musique à Casablanca. Bientôt, nous comptons également en créer une autre à Rabat.
L’OPM s’essaye de temps à autre dans des répertoires autres que ceux de la musique classique. Au risque de déplaire aux « puritains ». Quelle est votre positionnement à cet égard ?
Nous restons sur la position qu’il faut se consacrer à la musique classique, mais donner des clins d’oeil de temps à autre. Il y a d’autres orchestres qui sont capables de jouer d’autres répertoires mieux que nous. Il faut les encourager. Mas ce n’est pas notre vocation. Il faut bien faire ce que l’on sait faire.

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