Biougra : Un festival pour les Rouaïss

Biougra : Un festival pour les Rouaïss

La localité de Biougra, à proximité d’Agadir s’apprête à accueillir le premier Festival des Rouaïss. Organisé du 18 au 20 août par le ministère de la Culture, ce festival sera marqué par la présence de plusieurs musiciens et spécialistes de la musique amazigh, notamment le chanteur Ammouri M’barek, Raïss Ahmed Oumssat, Raïssa Fatema Tabaamrant, Raïss Lhcen Akhttab et Raïssa Rkia Dmsiria.
Cette manifestation musicale a été créée pour faire connaître l’art des Rouaïss qui est spécifique à la région du Sud du Maroc. Selon le chercheur Ahmed Assid, cet art regroupe le chant, la danse et la poésie. « Ce sont toutes ces composantes qui font la richesse de l’art des Rouaïss», explique ce spécialiste de la musique amazighe. Le nom arabe «Raïss», qui signifie chef ou leader devait néanmoins être mérité. «Pour diriger la troupe, il fallait être un grand poète, un chanteur émérite et un bon joueur de Rebab», déclare la même source.
Cet art possède ses pionniers dont le plus connu est Haj Belaïd. Ce denier était fort connu durant la période coloniale. Les chercheurs dans le domaine de la chanson amazighe sont unanimes à déclarer que «Haj Belaïd est le premier chanteur amazigh marocain à avoir enregistré des disques dans les années 40 pour les sociétés Pathé Marconi et Baïdaphone».
Sa célébrité était non seulement due à son talent, mais aussi et surtout à ses relations. «Cet artiste de Tiznit était l’ami de plusieurs notables dont le pacha Glaoui», explique Ahmed Assid.
C’est ainsi que Haj Belaïd était considéré comme le chanteur de l’élite par excellence. Ce pionnier sera suivi par d’autres dont le talent demeure  évoqué jusqu’à nos jours. Il s’agit, entre autres, de Moulay Ali, Moulay Moh, Mohamed Boudraâ, Boubakr Azari et Boubakr Anachad. Chaque génération possède ses spécificités, étant donné que l’art des Rouaïss est en constante évolution. Au gré des années, les musiciens accomplis voudront se libérer du poids de la tradition. Ils innoveront autant que faire se peut. «L’art des Rouaïss enregistrera une nouvelle évolution lorsque certains artistes intégreront de nouveaux instruments comme le banjo», ajoute Ahmed Assid.
Si ce changement paraît positif dans ce sens où il apporte un air de renouveau à la chanson amazighe, il peut être dangereux. «L’effet des instruments modernes est souvent mal étudié et il en résulte, parfois, une vraie cacophonie», déclare Belaïd Akkaf qui était à l’origine de l’intégration de la musique jazz à la chanson amazighe.
Ce leader du groupe «Les frères Akkaf» pense que dans toute recherche, il est nécessaire de se baser sur des données scientifiques. «Cela ne sert à rien d’ajouter de nouveaux instruments si l’on ne respecte pas l’échelle et le timbre musical», souligne-t-il.
Même son de cloche du côté de Ammouri M’barek. Ce dernier considère que la modernité peut faire parfois beaucoup de tort à la musique amazighe.
«Certains musiciens ne se soucient pas de l’aspect esthétique, tout ce qui les intéresse, c’est de vendre», déclare-t-il. Néanmoins, il se réjouit de voir que certaines troupes restent fidèles à la consistance des textes et des musiques des pionniers.

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