Bouchta Ibrahimi : «Le piratage est un poison»

Bouchta Ibrahimi : «Le piratage est un poison»

Bouchta  Ibrahimi réalise, produit et distribue des films de cinéma et de télévision. Tant et si bien qu’il est depuis bientôt trois ans président de la Chambre des producteurs et distributeurs de films vidéo. Mais, c’est en jouant la comédie que pour lui tout a commencé. C’était il y a près de trente ans, sur les planches du théâtre, au sein de petites troupes. C’était le bon temps, les années d’apprentissage du métier, qu’il évoque aujourd’hui non sans fierté, sans doute parce que ses études le destinaient logiquement au métier de comptable. Mais l’on n’échappe pas à son destin.
De sa formation sur le tas, il évoque avec une émotion particulière sa rencontre avec Marcel Marceau, rencontré au Festival d’Avignon auquel il participait en 1979. Ce qui lui vaudra le privilège d’un stage d’un mois auprès du mime le plus célèbre du monde.
En 1982, la télévision le fait connaître au grand public. Il devient « Boubris », personnage sympathique et amusant d’une émission pour enfants. L’émission s’intitule « Nadi Essighar », le club des enfants. Elle est diffusée sur la première chaîne. Le tournant est pris, Bouchta est comédien. Il prête sa dégaine particulière à deux films de son ami le réalisateur Mohammed Abbazi, qui lui fait faire ses premiers pas dans le cinéma.
Les années 90 seront pour lui celles de l’apprentissage d’un autre métier. La vidéo est reine, le marché en ébullition, les cassettes se vendent comme des petits-pains et Bouchta Ibrahimi décide de se lancer dans cette activité.
Il y a cinq ans, il crée Bouchta Vision, une SARL avec laquelle il prend pied sur le marché des vidéodisques. Son catalogue rassemble aujourd’hui un éventail consistant et diversifié : films hindous, films amazighs et variétés. Il produit et distribue, mais ne se prive pas non plus de réaliser. Il a à son actif trois réalisations en 35 mm, les trois courts-métrages de rigueur permettant d’obtenir du Centre cinématographique marocain le statut de réalisateur et la carte qui va avec : «La terre», «Le jeu de la mort» et «Le piège».
Mais il faut entendre Bouchta Ibrahimi raconter «Boukssass Boutfounest» (La vache de Boukssass), son film en langue amazighe réalisé pour le cinéma, pour véritablement cerner le personnage. Visiblement, il n’a rien perdu de sa fibre d’homme de scène. Il raconte avec la sincérité des enfants qui ne demandent qu’à se laisser enchanter, l’histoire de Boukssass et de sa vache vendue successivement à une série de personnes. C’est en fait l’histoire de tout un village saisi par le démon de la convoitise qu’il a voulu mettre en scène, raconter dans la langue d’un public marocain spécifique. Non Bouchta n’est pas Amazigh mais il ne voit pas pourquoi cela devrait lui interdire l’accès à ce marché. «Le seul problème est, selon lui, que le public amazighophone ne va pas volontiers au cinéma. Question de mentalité, de pudeur», explique-t-il. « Boukssass Boutfounest» n’a donc pas eu , en salles, le succès escompté. Agadir exceptée, mais Bouchta a pu le présenter aux Festivals de Casablanca et de Rabat pour un succès d’estime et de cela, il semble se contenter.
Actuellement, c’est sous sa casquette de distributeur qu’il aborde le septième art. Il vient d’ajouter à son catalogue de films marocains distribués en VCD « Une porte sur le ciel », le film de Farida Belyazid. Il a déjà signé avec Hassan Benjelloun et le logo Bouchta Vision est désormais bien installé sur le marché. En VCD et pas en DVD, tout simplement parce que les foyers marocains populaires sont davantage équipés en lecteurs de VCD et qu’il est bien forcé de s’adapter à la demande. Ah, le marché marocain de la vidéo distribution ! On en arrive très vite à évoquer sa plus lamentable dimension, le piratage et ses ravages. Bouchta Ibrahimi, fataliste, en parle à sa façon : « Le piratage est un poison qui détruit le marché et handicape les vrais professionnels. En réalité, c’est comme la drogue. On a beau la dénoncer, la combattre, elle continue de circuler. Il faut donc s’y résigner sachant que de temps en temps, de gros dealers se font prendre et, bien sûr, c’est tant mieux. Mais c’est par l’éducation des gens qu’il faudrait commencer et en attendant, les pirates ne sont pas prêts d’être découragés. C’est un «marché» bien trop juteux…»

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