Brahim El Alami s’est éteint

A 72 ans, Brahim El Alami est parti comme il a vécu. Dans la discrétion et la dignité. Il a été inhumé jeudi après la prière d’Addohr en présence d’une nombreuse foule d’artistes, de musiciens, mais aussi d’amis, de voisins ou de simples admirateurs du grand compositeur et interprète qu’il était. Il a rendu l’âme dans une clinique de la capitale économique. Ce Bidaoui apprécié pour son élégance, dans tous les sens du terme, était, comme nous le dira le grand luthiste Haj Younès, «l’un des piliers de la musique moderne marocaine, un précurseur…». L’inoubliable «mahla Ifrane ou mahla jamalou», ainsi que «Ya Nnassi», «Ya lli sourtak bine aâynaya», et tant d’autres chef-d’oeuvres ont, non seulement contribué à l’épanouissement de la chanson marocaine moderne, mais elles ont également installé l’artiste dans sa notoriété ainsi que dans sa popularité. Une popularité qui avait repris une vigueur certaine ces trois ou quatre dernières années, le public nostalgique des années fastes le faisant (re)découvrir aux jeunes. D’ailleurs, qui d’entre nous n’a jamais fredonné ou entendu fredonner un air composé par Brahim El Alami ? Dans les fêtes et même parfois lors de simples réunions familiales, la joie est perceptible lorsque l’on entonne un des tubes de l’ancien chef de l’orchestre régional de Casablanca.
Le grand Mohammed Abdelwahab avait dit de lui qu’il constituaient les «empreintes d’une époque artistique». Quel meilleur hommage ? Pour l’artiste Nouâmane Lahlou, Brahim El Alami est «un Monsieur qui a créé une école, un style noble, populaire et « class ». Un juste milieu très difficile à réaliser, mais qu’aura réussi à accomplir l’homme aux célèbres lunettes noires. Pour monsieur Tout le monde, le défunt était un artiste populaire dans le sens le plus noble du terme. C’était un enfant du peuple qui aimait et était aimé de tout le monde. Il n’était pas seulement un artiste, mais quelqu’un qui sera parti avec la satisfaction du devoir accompli.
Pour d’autres, l’artiste casablancais n’a pas eu toute la gloire qu’il méritait. Et c’est seulement maintenant qu’il est mort que l’on commence à prendre conscience de la qualité et de la grandeur de son oeuvre, qui a bercé des générations et des générations de Marocains depuis l’Indépendance. Avec le décès mercredi 24 avril de Brahim El Alami, la liste des artistes authentiques est en train de rétrécir comme peau de chagrin. Ahmed El Bidaoui, Abdelkader Rachdi, Mohamed Fouiteh, Maâti Belkacem, ismaïl Ahmed, Abdessalam Amer, Mohamed El Hayani, Abdelouahab Agoumi et tant d’autres, ne sont plus. Beaucoup sont partis dans des conditions matérielles et morales parfois déplorables. Pour certains « survivants », l’existence est plus que précaire.
Le meilleur hommage que l’on puisse faire à un artiste, c’est de s’intéresser à son quotidien et, partant, à son statut.

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