Cambodge : Touche pas à mon temple !

C’était le 29 janvier dernier. Des Thaïlandais fuyaient Phnom Penh, la capitale cambodgienne, après une nuit de terribles émeutes. Au moins un d’entre eux a été tué et plusieurs autres blessés. Des voitures, des hôtels, des entreprises et même l’ambassade de Thaïlande ont aussi été pillés et incendiés. Pourquoi cette soudaine «chasse au Thaïlandais» ? Ces violences ont été déclenchées par des propos attribués à une célèbre actrice thaïlandaise qui aurait affirmé que les temples d’Angkor, fierté nationale du Cambodge, appartenait en fait à la Thaïlande et devait lui être restitué ! Suwanna Kob Konying a au beau démentir, le mal était fait. Le lendemain, Bangkok a rappelé son ambassadeur et expulsé celui de son voisin, accusant le gouvernement cambodgien de n’avoir rien fait pour empêcher les émeutes.
Lesquelles ont d’ailleurs éclatées dans la capitale thaïlandaise en réponse aux événements de Phnom Penh. Furieux d’avoir vu à la télévision leurs voisins piétiner des images du roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej – les pieds sont considérés comme impurs dans plusieurs pays d’Asie -, 1.500 étudiants s’en sont pris à l’ambassade du Cambodge. Pardons, regrets ont ensuite été exprimés par les responsables des deux pays tandis que le calme revenait peu à peu dans les deux capitales. Sans que la polémique ne soit pour autant finie.
Le premier ministre cambodgien Hun Sen fait d’ailleurs directement les frais de cette crise. Lundi, il a même dû publiquement démentir avoir excité les émeutiers, comme l’avait laissé entendre deux jours plus tôt son homologue thaïlandais Thaksin Shinawatra.
Et comme l’a plus directement affirmé la veille un grand opposant cambodgien, Sam Rainsy, qualifiant le chef du gouvernement d’«homme mauvais». Mauvais ? Hun Sen ne semble en tout cas pas homme à se laisser facilement abattre. Lundi, il a même accusé son propre gouvernement d’« incompétence» ! Comment finira cette histoire digne d’une belle fiction ? Une chose est sûre, son héroïne Suwanna Kob Konying a réveillé des nationalismes que, comme l’empire khmer sur lequel régnait la capitale Angkor, l’on croyait enfouis.

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