Campagne contre le piratage

Les Berbères, jusqu’à la création de BRTV, groupe privé français berbère radio télévision, ne disposaient d’aucune chaîne de télévision dans leur langue ; et voilà que depuis quelque temps, l’unique chaîne à leur disposition est victime du piratage et risque de mettre les clés sous la porte.
La fraude menacerait donc la continuité de la télé berbère. La télévision du BRTV – également détenteur d’une radio – veut inscrire dans la durée ses quatre heures de programmes diffusés quotidiennement, notamment en France et en Algérie, malgré les difficultés de cette tâche. Chaîne unique en son genre, censée « renforcer la nouvelle prise de conscience par les Berbères de leurs racines » (Le Monde du 21 avril 2000), BRTV est diffusée en numérique sur le câble (de 19 heures à 23 heures) à Paris et par satellite depuis janvier 2000. Ces modes de diffusion, qui nécessitent un décodeur et une carte d’abonnement, menacent la chaîne, victime d’une vaste opération de piratage depuis près d’un an. Ce phénomène, particulièrement développé de l’autre côté de la Méditerranée, bénéficierait de l’assentiment tacite des autorités. « Si le trafic s’organise en France de manière clandestine, en Algérie, les cartes pirates se vendent quasi légalement dans les commerces. On les trouve indistinctement sur tout le territoire, au su et au vu des autorités locales », déplore Mustapha Saadi, le patron de la chaîne. Des pirates ont réussi à « casser » le code de la carte à puce qui autorise l’accès à la chaîne. Actuellement, plus d’une dizaine de modèles différents circulent et permettent aux coupables de regarder les programmes sans bourse délier. Conséquence directe de cette vaste escroquerie : le nombre d’abonnements (800 francs l’année ; 500 francs les six mois) ne cesse de baisser. Alors que le seuil minimal de viabilité de BRTV est estimé à six mille abonnés, la chaîne n’en compte aujourd’hui qu’environ deux mille.
« Nous n’avons pas les moyens financiers de lutter contre les pirates », soupire le patron de la chaîne, dont l’équipe parisienne a rétréci aussi sûrement que les souscriptions, passant de douze à quatre salariés.
Certains titres de la presse algérienne ont même donné à leurs lecteurs la solution pour accéder à peu de frais à la télévision berbère: « Si vous êtes en possession d’une carte pirate sur laquelle Ultra bleue [une carte d’accès à différentes chaînes pornographiques] est active, vous pouvez visionner BRTV. » Cette annonce, conseil « pratique » dans une Algérie qui en appelle souvent à la débrouillardise, a été perçue par les dirigeants de la chaîne comme « un geste extrêmement malintentionné, pour ne pas dire une véritable provocation » destiné à torpiller leur télévision indépendante. A la différence de Canal Horizon, la filiale de Canal+ pour le Maghreb, qui a été obligée de rendre l’antenne en novembre parce qu’elle était aussi victime du piratage, l’équipe de BRTV refuse de se résoudre au pire. Par-delà ses difficultés financières, la chaîne enregistre un succès d’antenne loin de se démentir. Tandis que des dons sont souscrits d’Algérie, du Maroc, voire du Canada, des comités de soutien à la chaîne ont été créés en Kabylie, y déclenchant, selon Mustapha Saadi, « une véritable chasse aux pirates ».

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