Canal + dans la tourmente

Face aux multiples réactions qui ont secoué mardi et mercredi les milieux médi-atique et politique, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a décidé de se saisir de la crise qui paralyse Canal Plus. Il s’est donné pour objectif de rendre un avis « le plus vite possible », d’ici quelques jours, concernant le limogeage de Pierre Lescure par le président du groupe Vivendi, actionnaire majoritaire de la chaîne cryptée.
Le patron «remercié» devait donc être entendu devant les sages de l’audiovisuel qui ont aussi prévu d’entendre le PDG de Vivendi Universal Jean-Marie Messier, à une date non-précisée. D’ores et déjà le président du CSA, Dominique Baudis a rappelé mercredi que selon la loi relative à la liberté de communication (1986), l’autorisation d’émettre pouvait être retirée, «sans mise en demeure préalable, en cas de modification substantielle des données aux vues desquelles l’autorisation avait été délivrée». Mesure qui concerne «les changements intervenus dans la composition du capital social ou des organes de direction et dans les modalités de financement» et sur laquelle s’est interrogé le gouvernement Jospin ce mercredi.
Longuement applaudi par son personnel, Pierre Lescure, ému aux larmes, s’était déclaré mardi « franchement effaré du mépris dans lequel Jean-Marie Messier a tenu l’esprit et la forme de ses engagements vis à vis de vous (le personnel) et de moi ». Cette décision de limoger le président du directoire de Canal, le patron de Vivendi en donne d’ailleurs une surprenante explication. « Je regrette que Pierre Lescure dont le talent créatif a permis de faire émerger une nouvelle télévision, n’ait pas souhaité poursuivre à nos côtés l’histoire de ce groupe audiovisuel hors du commun», a-t-il déclaré mardi. Cette réorganisation, selon M. Messier, viserait à donner «une nouvelle impulsion» au groupe Canal, dont la situation actuelle serait «préoccupante»… Aux commandes, M. Mercier a d’ailleurs nommé un ancien de TF1, Xavier Couture, «un professionnel incontesté». Ce à quoi Pierre Lescure a violemment réagi en indiquant MM. Messier et Couture ont négocié «derrière son dos, au mépris de toutes les règles de fonctionnement du conseil de surveillance et du directoire et des principes de la charte Canal+ décrivant ses rapports avec Vivendi Universal».
Pour l’ex-patron et co-fondateur de la chaîne cryptée, cette nomination préfigure la volonté de M. Messier de réduire la chaîne à «un simple éditeur, la distribution passant entre les mains de responsables étrangers à l’audiovisuel». Selon lui, «c’est donc bien le rôle économique de Canal + dans le secteur audiovisuel et cinématographique qui est remis en cause et, de manière plus grave encore, ses dix-sept ans d’indépendance éditoriale et de liberté qui sont désormais menacés». Le personnel de la chaîne cryptée – animateurs, employés et figures historiques comme Antoine de Caunes, Philippe Gildas et Alain Chabat – a quant à lui interrompu mardi les programmes pour diffuser en direct son Assemblée générale, sur le plateau des Guignols de l’info. Il a aussi appelé à manifester devant le siège parisien de Vivendi ce mercredi.
Certains ont quant à eux déjà donné leur réponse. «Il est dans le cinéma, il ne sait pas faire du cinéma, il est dans la musique, il ne sait pas faire de la musique, et là on vient de s’apercevoir qu’il ne sait pas faire de la finance», a lancé Bruno Gaccio, auteur des Guignols de l’info, qui a appelé à «virer Messier».

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