Cannes : Michael Moore rafle la mise

Cannes : Michael Moore rafle la mise

La palme d’Or du Festival de Cannes a été décernée au documentaire de l’américain Michael Moore, « Fahrenheit 9/11 ». Ce documentaire est un pamphlet incendiaire contre l’Administration Bush et intervient à quelques mois avant les élections présidentielles.
Michael Moore a exprimé l’espoir que cette récompense permette à son film de sortir aux Etats-Unis, pour que « le peuple américain puisse le voir » et pour « faire sortir la vérité ». Dans ce contexte, il cite Abraham Lincoln avec la célèbre phrase : «Si on dit la vérité au peuple, la République sera sauvée.» Michael Moore a souhaité dédier son film notamment au peuple irakien « et à tous ceux qui souffrent à cause de nous, les Etats-Unis », en soulignant que des millions de ses compatriotes partageaient ses idées.
Ce même réalisateur avait été récompensé du César du meilleur film étranger avec « Bowling For Columbine », en remerciant la France pour son opposition à l’intervention des troupes américaines en Irak en mars 2003. La carrière de ce documentaire où il dénonce la passion américaine pour les armes à feu a également été fructueuse et le DVD, récemment sorti, figure parmi les meilleures ventes.
De l’Irak aux élections, en passant par le terrorisme, les armes à feu ou les délocalisations, aucun des grands débats qui agitent les Etats-Unis n’échappent à Michael Moore. Pour enfoncer davantage le clou, ce pamphlétaire exprime ses opinions brûlantes sur son site Internet, via son impressionnant réseau d’abonnés par e-mail qui élargit, année après année, son audience. Son dernier pamphlet anti-Bush, « Dude, where’s my country? », sorti en octobre, est toujours bien placé dans les librairies et a tenu 25 semaines sur la liste des best-sellers du New York Times. Par ailleurs, son précédent brûlot, « Stupid White Men », a été traduit en 24 langues et s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires à travers le monde. Mais malgré sa notoriété grandissante, Michael Moore reste une personnalité relativement peu présente sur les grandes chaînes de télévision et dans la presse généraliste américaine. Il est quelque peu critiqué par l’intelligentsia de gauche. Cette dernière semble se méfier de ce pamphlétaire jugé peu contrôlable, aux idées trop subversives. « L’ironie de la position de Michael Moore est que, bien qu’il soit l’une des principales voix de la gauche dans le pays, il est autant décrié, sinon plus, par les progressistes que par les conservateurs », écrivait récemment le Los Angeles Times.
A cette critique, le cinéaste répond que les ténors de la gauche sont embarrassés par « sa sensibilité d’origine ouvrière » et son « populisme d’Américain moyen ». »Il y a des millions d’Américains comme moi et je suis comme eux », a-t-il renchéri samedi en recevant la palme d’Or. En mars 2003, le cinéaste avait également utilisé la soirée de remise des oscars, où il avait été récompensé pour le meilleur documentaire, pour lancer une violente diatribe contre la guerre en Irak. « Honte à vous, monsieur Bush. Honte à vous! », avait-il déclaré avant de se faire huer par une partie de l’assistance.
À l’issue de la cérémonie de Cannes, Michael Moore s’était justifié en ajoutant: « Ce qui est magnifique dans ce pays, c’est que vous pouvez y dire ce que vous pensez ». Néanmoins, le cinéaste a regretté de n’être toujours pas sûr de pouvoir montrer son film « Fahrenheit 9/11 » dans son pays avant les élections du 2 novembre. Michael Moore n’a pas encore trouvé de distributeur aux Etats-Unis, mais cela ne va pas l’empêcher de faire des films toujours aussi virulents.

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