«Ce festival est un hommage à la musique amazighe»

«Ce festival est un hommage à la musique amazighe»

ALM : Quels ont été les critères de sélection des troupes pour cette première édition du festival Timitar «Signes et cultures» ?
Brahim El Mazned : D’abord, nous sommes partis d’une programmation large en termes de répertoire amazigh représentatif de différents styles. Le choix s’est effectué sur différentes régions mais aussi par thématique. A titre d’exemple des répertoires rwayess, nous avons sélectionné 3 styles différents. Nous avons fait appel à une grande chanteuse, Fatema Tabaamrant, un chanteur soliste qui fait partie d’un répertoire religieux et d’anciens rwayess ainsi qu’un duo constitué par Amina Demssyria et Rays Lahcen Akhettab, de la région du Souss. Ensuite, dans le répertoire des percussions, nous avons sélectionné entre Aglalgal et Tissent. Ce choix s’est effectué pour avoir un large éventail de styles de musique par genres et aussi par région. Pour la partie internationale, nous avons sélectionné des répertoires qui font partie des mêmes couleurs de soirée. Dans la soirée où il y avait des voix de femmes nous avons décidé d’intégrer une grande chanteuse malienne, Nahawa Doumbia. La répartition des artistes s’est donc réalisée par styles et genres musicaux. Ce festival n’est pas thématique, c’est un festival qui a choisi l’ouverture. Nous avons été très attentifs au fait de présenter une programmation moderne, contemporaine qui aspire à l’ouverture et à l’originalité. C’est dans cette optique que nous avons sélectionné les groupes Electric Gypsyland, Ojos de Brujos, ou encore l’Orchestra Baobab. Nous avons choisi des artistes ouverts d’esprit et des styles qui peuvent enrichir le public. Nous avons choisi également des rythmes africains de par leurs similitudes avec ceux du sud du Maroc. Tous les artistes auxquels nous avons fait appel sont des gens généreux, ouverts, respectueux des autres.
Pourquoi avoir choisi de confronter la musique berbère marocaine avec la musique du monde ?
Ce n’est pas vraiment une confrontation. Nous n’avons pas voulu réaliser un festival fermé en présentant uniquement des troupes de musique amazighe. Nous avons plutôt voulu présenter ces répertoires amazighs en relation avec des styles venus d’ailleurs pour obtenir plus de richesse.
Et cela, dans le but de faire découvrir la musique amazigh et aussi donner la place à la musique venue d’ailleurs. Une musique que le public marocain n’a pas vraiment l’occasion d’écouter et d’apprécier. Le fait d’avoir choisi d’intégrer les deux genres de musique attire énormément de monde.
Nous assistons actuellement à l’apparition de plusieurs festivals dont l’intitulé intègre toujours ces termes « rythmes du monde » ou « musiques du monde ».Nous donnons ici l’exemple du festival de gnaoua ou celui de Mawazine. Quelle est la touche originale du festival d’Agadir qui lui permettra de se distinguer ?
Nous ne cherchons pas à nous distinguer des autres festivals. Le festival Timitar ne possède pas le même concept que celui de Mawazine ou celui de gnaoua. D’abord, le festival Timitar est une sorte d’hommage à la musique amazigh. Peut-être que nous ne possédons pas encore de structures, de lieux où l’on peut organiser beaucoup de concerts et de spectacles, des festivals de Jazz, de musique classique.
Tout cela nécessite d’abord des vraix lieux qui respectent certaines normes. Malheureusement aujourd’hui, nous ne sommes pas encore assez équipés. Aussi, il existe un énorme travail à faire dans l’avenir proche. Tout cela dans le but de réaliser un travail artistique musical respectable et de s’ouvrir à des repertoires modernes. Nous remarquons que cela commence à se réaliser un peu au Maroc ; il faudrait continuer.
Pour Agadir, c’est bien qu’il y ait un festival ouvert qui présente un large éventail d’artistes et de concerts. Mais il est vrai que, dans l’avenir, il faudrait réfléchir à d’autres thématiques.
Ce festival touche-t-il tous les publics ?
Le choix des lieux, des espaces et des horaires, a été étudié en sorte que l’on puisse toucher un large public. Le premier spectacle qui a lieu chaque soir à la place El Amal a été programmé à 19 heures 30 pour toucher justement un large public, surtout familial.
Par ailleurs, la programmation du théâtre de verdure est un peu plus élitiste ; plutôt elle nécessite une certaine proximité avec le public.
Concernant les spectacles à la scène Bijaouane, ils s’adressent à un public jeune qui suit les musiques rythmiques actuelles, et qui donnent envie de danser.
Vous ne pensez pas que la programmation est un peu trop chargée ?
Les trois espaces que je viens de citer ne touchent pas forcément les mêmes publics. Quand nous avons pris ce pari d’organiser des concerts dans trois lieux différents, c’est aussi pour que le mouvement de foule soit fluide et pour que chacun puisse choisir le groupe et le lieu qu’il apprécie le plus. De cette manière, le public peut décider de son propre choix. Jusque là, nous n’avons pas eu de remarques dans ce sens ; il y avait du monde sur les trois sites.
Est-ce que, selon vous, cette rencontre avec les musiques du monde pourrait pousser nos artistes à réaliser des fusions avec d’autres rythmes ?
Personnellement, nous sommes pour cette idée, mais il faudrait, pour ce faire, beaucoup de travail. Nous ne pouvons pas organiser des rencontres improvisées sur scène. Cela pourrait plaire, mais c’est un plaisir de courte durée. Si nous voulons arriver à un résultat plus abouti, il faudrait peut être créer des résidences artistiques qui peuvent enrichir les musiciens d’ici et d’ailleurs.

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