Ces canaris malinois qui procurent tant de joie

Ces canaris malinois qui procurent tant de joie

Chez plusieurs cartésiens, nos états d’âme résultent des impressions produites par la passion ou l’allégresse que nous éprouvons devant la qualité d’un plumage : intensif ou schimmel. L’intensif étant un plumage serré à plumes courtes avec une couleur de fond très vive, alors que le schimmel est un plumage long et gonflant qui fait paraître l’oiseau plus gros avec une couleur de fond pâle et même «givrée». Que cette couleur soit jaune, blanche, rouge ou mélanique, elle ravive certaines de nos passions de base telle que l’admiration, la joie ou la tristesse. Et c’est l’ensemble de ces expressions affectives qu’on peut palper chez les amateurs des canaris lorsqu’ils sont devant leurs cages ou lorsqu’ils participent à un concours pour la sélection du meilleur chant que peut gazouiller un canari malinois. Ils se laissent émerveiller ou affliger, soit par la qualité des notes musicales réalisées par leurs canaris ou par le mutisme incompréhensible de leurs protégés. Aucun son n’émane de certains canaris lors de ce concours. Ce qui attriste éperdument leurs éleveurs. «C’est une question de bonne préparation aux concours. Certains éleveurs ne maîtrisent pas cette phase de préparation, ce qui impacte négativement sur la prestation de leurs oiseaux», explique Roland Carpentier, un juge international en la matière.L’extase des éleveurs et des spectateurs devant la prestation des canaris n’a d’égal que la fierté de se sentir convoité par tout le monde lors d’un concours de chant. C’est ce que constate tout visiteur curieux ou passionné novice en voyant les éleveurs de ces oiseaux concourir ou préparer leurs canaris à passer devant la commission d’arbitrage qui se charge de la sélection du meilleur chant. Ce fut le cas lors de la cinquième finale nationale du chant du canari malinois organisé fin février à Oujda. Un concours très attendu par les éleveurs et qui a connu la participation d’une centaine d’éleveurs de canaris venus de Laâyoune, Marrakech, Casablanca, Salé, Rabat, Ksar El Kébir, Nador, entre autres. Leurs canaris ont, durant deux jours, égayé de mille sonorités les espaces de la galerie d’art d’Oujda. Quant à l’heureux vainqueur de la 5ème édition : Abderrahim Chaoui, il était tout simplement dans les nuages. Il n’a pas cru qu’il a remporté les trois premiers prix. Une première au Maroc. D’ailleurs, M. Chaoui n’a pas caché à ALM qu’il était tellement ému à tel point qu’il ne pouvait exprimer sa joie.
Pour réussir ce passage, le canari doit exceller dans douze gammes musicales dont le Klokkend (coup d’eau tintée) est le plus apprécié. Les autres sonorités sont le Bolland (coup d’eau bouillonnante), le Rolland, le Chorknor, le son métallique, la flûte et flûte roulée, le Wouten, la cloche tintée, la sonnerie roulée, le Tjoken-rol et la berceuse. L’oiseau peut aussi être apprécié pour ses tours imprévus et l’impression qu’il inspire. Et c’est pour exceller dans ce charme ornithologique que les éleveurs préparent leurs oiseaux aux concours régionaux ou nationaux de chant du canari Malinois.
Ces chants peuvent être flûtés en motifs variés, mélodieux avec des notes râpeuses ou retentissantes. Impossible de ne pas s’ensorceler par des gazouillements typiques ou improvisés qui coupent le souffle. Dans le même registre, Khalid Bedyaf, président de la Ligue orientale des amateurs des oiseaux, a expliqué que les participants ont dû se préparer durant six mois d’élevage en initiant leurs oisillons aux notes musicales qu’ils doivent maîtriser. L’initiation et la perfection se font par moyens audio ou par un maître chanteur (un autre canari) qui fait apprendre les notes du canari malinois. Contempler les oiseaux pour le plaisir de les connaître de près, de découvrir leurs manies et surtout de les apprivoiser pour en faire des spécificités qui enjolivent l’espace des maisons, bureaux ou autres espaces fermés par des sons légers, agréables et doux est une passion partagée entre les amateurs qui passent des heures devant leurs cages. «L’expression joviale qui se dessine sur les visages des enfants et des jeunes ne peut être appréciée que par des personnes qui connaissent la valeur de diverses sonorités produites par ces canaris», a confié à ALM un jeune éleveur.
Ceci dit, il n’y a pas que le côté jardin dans le monde des Malinois. Et c’est ce qu’a expliqué Mohammed M’sali, membre de la Fédération mondiale d’ornithologie, qui a exprimé le souhait de voir le Maroc rejoindre l’Organisation mondiale d’ornithologie vu l’engagement de sa fédération et de ses ligues. Et de préciser : «Je regrette qu’il n’y ait pas au Maroc une industrie pharmaceutique concernant le processus vétérinaire pour traiter les oiseaux. Aussi, on ne produit pas l’alimentation pour oiseaux et même l’alimentation importée par voie de contrebande n’est pas souvent adaptée aux besoins ou est carrément périmée. Certains distributeurs se procurent cette nutrition à partir de la France, l’Espagne ou l’Italie mais ce n’est pas le cas pour tous les vendeurs. L’exemple du mélange pour canaris qui vient d’Espagne est souvent périmé, ce qui se répercute négativement sur la santé de l’oiseau», rapporte M. M’sali. La mauvaise alimentation implique une mauvaise hygiène et peut impacter sur l’élevage et la protection de ces canaris. Il suffit qu’un oiseau soit touché par la variole, par exemple, pour que tout un élevage soit décimé. Même le matériel de logistique doit être brûlé et jeté. La solution réside dans la création d’associations qui veillent à la qualité de cette alimentation. Ceci dit, le monde des oiseaux souffre aussi de maraudeurs qui exploitent des petits enfants pour la chasse abusive des oiseaux rares et qui contribuent à l’extermination des oiseaux chanteurs qui font l’originalité de l’ornithologie marocaine. Pour contribuer à la protection de ces oiseaux, il est aussi possible de songer à la création d’une coopérative nationale pour importer l’alimentation adéquate. Dans ce domaine, le président de la Fédération royale marocaine des éleveurs d’oiseaux, Abdelhak Zahouily, pense qu’il faut d’abord rejoindre l’Organisation mondiale d’ornithologie afin de pouvoir coopérer dans ce domaine et profiter des expériences mondiales dans ce domaine. La création d’une coopérative peut ainsi assumer pleinement son rôle d’incubateur de toutes les activités exercées dans ce domaine. M. Zahouily a aussi expliqué que la Fédération mène plusieurs actions de sensibilisation pour la protection de notre patrimoine ornithologique. Elle s’est adressée aux autorités compétentes pour faire sortir la loi interdisant la chasse clandestine des canaris malinois et le chardonneret, la lutte contre le trafic illicite et la protection interne en expliquant aux personnes qui pratiquent la chasse abusive la menace qu’ils représentent par rapport à un patrimoine qu’il faut sauvegarder. «Il est incompréhensible que nos voisins espagnols et algériens aient des lois pour protéger leurs oiseaux, alors que chez nous cette loi tarde à venir», a conclu M. Zahouily.

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