Cinéma, audiovisuel et enseignement

Cinéma, audiovisuel et enseignement

L’ouverture de la 12 ème édition du Festival international du cinéma méditerranéen de Tétouan a vu la présence d’une palette de personnalités : Mohame Kabbaj conseiller de S.M. le Roi, Nabil Benabdallah actuel ministre de la Communication et président du Conseil d’administration dudit Festival, Rachid Talbi El-Alami (président de la Commune urbaine de Tétouan), Saâd el Alami, chargé des relations avec le Parlement et le wali de la région de Tétouan, Mohamed Lambarki. Certains ont pu s’exprimer à l’ouverture du Festival tandis que d’autres ont tenu à soutenir la manifestation en faisant acte de présence.
La participation du ministre de l’éducation nationale au colloque «Ecole et cinéma» entend marquer le pas par le soutien de son ministère pour officialiser l’entrée de l’enseignement du cinéma et des moyens audiovisuels dans l’enceinte scolaire et universitaire.

Par delà le cinéma,
l’enseignement
L’une des caractéristiques du Festival international du cinéma méditerranéen de Tétouan a été certainement la variété des activités retenues, bien que le public n’ait pas répondu constamment présent; sa défection est foncièrement due à l’absence d’un calendrier défini, inamovible et largement distribué. Mais force est de reconnaître que ce rendez-vous cinématographique de Tétouan a permis aux cinéphiles issus de différents horizons de se retrouver pour un échange fructueux et aux publics de différents âges de découvrir le cinéma autrement en l’espace d’une semaine. Ce fut aussi un moment de grande sensibilisation des jeunes aux images qui peuplent notre univers quotidien.
C’est à ce titre que la tenue d’un colloque ayant pour thème «Ecole et cinéma» a permis de mettre l’accent sur les relations possibles entre fait éducatif et fait cinématographique et de concrétiser ce rapport à travers la convention signée entre l’Académie de l’Education nationale de la région Tanger-Tétouan et l’Association des Amis du Cinéma de Tétouan. Cet accord permettra d’insérer la culture cinématographique dans les différents cycles d’enseignement de la région. Une manière d’inaugurer un processus que les responsables souhaitent voir s’élargir pour se généraliser au niveau de tout le pays, avec pour conséquence l’ouverture de l’espace scolaire sur son environnement naturel dans  le cadre d’une sensibilisation accrue, en termes de coopération et de complémentarité avec les différentes constituantes du champ culturel.  L’inauguration de ce colloque visait à opérer un prolongement de la réflexion qui associerait tous les protagonistes du champ cinématographique au Maroc prévoyant une rencontre nationale sur le rapport cinéma et école, et qui regrouperait ainsi  le Centre cinématographique marocain, l’Association des Critiques de Cinéma, la Fédération nationale des Ciné-clubs, la Chambre des Producteurs et des Réalisateurs. L’objectif avoué de ces journées d’études qui seraient consacrées à ce volet est de pouvoir débattre et formuler des idées originales afin de voir comment transformer l’école et l’université en espaces de connaissances visuelles et d’éducation artistique ouverts sur toutes les formes esthétiques. Tout le monde constate amèrement le déficit en  matière d’enseignement artistique et ce par l’absence flagrante d’institutions prodiguant un enseignement dans le domaine cinématographique, plastique, dramatique et celui des spectacles. Il est vrai que certaines universités ont pu organiser des activités saisonnières comme c’est le cas de la Faculté des Lettres de Fès, théâtrales et vidéographiques à la Faculté des Lettres de Ben Msik à Casablanca.  

L’Institut régional des Métiers du Cinéma et
de l’Audiovisuel
Mais la bonne nouvelle du Festival est sans conteste l’annonce de la mise à la disposition des Amis du cinéma de Tétouan par la commune du Mdiq d’un terrain pour la création d’un Institut régional pour la formation dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel. Cet Institut est en réalité l’aboutissement d’un long investissement sur le plan pédagogique et intellectuel du groupe de recherche sur le cinéma créé dans le cadre de la Faculté Abdelmalek Saâdi à Tétouan.
Cette annonce répond aux éléments contenus dans le projet de la réforme universitaire actuelle avec la mise en place d’un système modulaire qui entend insérer l’expression cinématographique et la culture visuelle et esthétique dans  le processus de l’apprentissage scolaire. C’est en ce sens que la formation universitaire ne doit pas se restreindre à ses fonctions classiques mais devrait changer et s’ouvrir sur d’autres fonctions afin de permettre à l’étudiant d’acquérir des connaissances supplémentaires sur les arts et d’un savoir-faire afin
de  l’aider dans sa recherche sur le marché du travail. Ainsi le projet entend intégrer en premier lieu l’enseignement du cinéma en tant que matière scolaire dans les cycles de l’enseignement, puis secondairement à l’université. Toujours est-il qu’on prévoit démarrer des licences professionnelles dont le cinéma et les techniques audiovisuelles.

Initiation à la lecture
filmique
Parallèlement aux projections, les ateliers ont été organisés à l’intention du jeune public et dont le but était d‘initier les élèves à la lecture des images. En réalité c’est la première fois que le festival intègre des stages de formation des lycéens afin de les préparer éventuellement à l’Institut régional des métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Il est vrai que le jeune public a une connaissance assez spéciale du cinéma dans la mesure où il a des repères en fonction des titres de films et surtout par le biais des acteurs, mais il ne dispose ps des outils de décodage du processus filmique ; une façon de dire que ce qui manque généralement au jeune public c’est un regard critique des productions cinématographiques.
La futures générations se trouvent ainsi associées au projet du festival à travers la formation initiale entamée lors de cette édition.
Le débat sur la question de l’insertion de l’outil cinématographique dans la pratique pédagogique a eu du mal à se désembourber de la dichotomie cinéma/audiovisuel. C’est pourquoi certaines questions demeurent : le cinéma devrait-il être appréhendé comme un outil de travail pour les enseignants ou comme matière d’enseignement ?
Le champ de l’enseignement devrait-il être limité seulement au cours de français ?
Les réponses diffuses et parfois contradictoires ne purent répondre définitivement aux différentes questions qui persistent. Pourtant, les intervenants ont pu déclarer que le «cinéma est un art complexe qui ne relève d’aucune discipline et qu’il est désormais clair qu’il doit être approché de manière pluridisciplinaire ».  Le film qui a ses spécificités relève d’une expression complexe et qu’il faudrait par conséquent en maîtriser les codes spécifiques. Ainsi, les intervenants se mirent d’accord sur la nécessité de permettre aux apprenants de voir une œuvre diversifiée, des films venus d’horizons divers afin de leur permettre d’avoir une posture de recherche culturelle propre. Par ailleurs, les questions de la production demeurent essentielles : il s’agit dans ce cas de comprendre les différents processus par lesquels passe un film et c’est là une réalité dont il faut prendre conscience. Finalement, l’approche critique du film, par le biais de l’analyse d’un corpus ou d’un fragment filmique est une autre manière pour comprendre la démarche créative qu’adopte chaque cinéaste pour transformer le réel.

Moulay Driss Jaïdi
critique de cinéma

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