Cinéma : Des tabous et des préjuges

La cinéaste d’origine libanaise a présenté cette semaine un nouveau recours à une commission d’appel, la commission de censure ayant opposé un premier refus au scénario de son film, Dounia (la vie), une co-production franco-égyptienne. La commission de censure a refusé le film « en estimant qu’il porte atteinte à l’Egypte et à l’islam, qu’il incite à la débauche et qu’il approche le thème de l’excision », a déclaré à l’AFP la réalisatrice basée à Paris, de passage au Caire.
Pour sa part, le responsable de la censure sur la production artistique, Madkour Sabet, a affirmé à l’AFP que « les censeurs qui ont lu le scénario l’ont unanimement rejeté, en estimant qu’il porte atteinte aux traditions et montre qu’il n’y a aucun espoir de changement ou de réforme en Egypte ». « J’ai touché à des sujets tabous, que ce soit les relations amoureuses ou sexuelles des jeunes d’aujourd’hui, le thème de l’excision ou du plaisir féminin », reconnaît Jocelyne Saab. Mais elle assure que « l’excision », sujet hautement sensible en Egypte, « n’est qu’un prétexte dramaturgique » et non pas le sujet du film. « Le sujet est universel, il ne touche pas seulement l’Orient, j’ai choisi ce qui pouvait rapprocher l’Orient et l’Occident », indique-t-elle.
Depuis fin 1997, l’excision est officiellement interdite en Egypte mais elle continue d’être « largement pratiquée », notamment dans les classes populaires et rurales, selon l’Unicef. « Ce film veut ouvrir une voie aux jeunes, c’est la recherche de soi sans tomber dans les archétypes », poursuit la réalisatrice. Dounia est une jeune égyptienne de 23 ans qui souhaite devenir danseuse professionnelle et qui, ballottée entre la vie moderne et les traditions ancestrales, cherche sa voie. Le film, dans lequel plusieurs vedettes égyptiennes ont accepté de jouer, raconte l’apprentissage de la vie de Dounia, initiée par Bachar, un penseur et homme de lettres, et la sublimation du plaisir par la poésie soufie. « Même les termes de la poésie amoureuse arabe médiévale et de la poésie soufie ne sont plus acceptés aujourd’hui », la société arabe devenant de plus en plus conservatrice, souligne la cinéaste, dont c’est le premier projet de long métrage en Egypte. Elle n’est pas la première cinéaste à se heurter à la censure qui est devenue plus conservatrice au cours des dernières années en Egypte, alors que les films eux-mêmes sont beaucoup plus puritains que les longs métrages des années cinquante ou soixante, l’âge d’or du cinéma égyptien. Ainsi, nombre de nouvelles actrices refusent de jouer dans des films où elles devraient apparaître en maillot de bain ou donner un baiser, alors que plusieurs d’entre elles se sont récemment voilées.
La cinéaste égyptienne Inas al-Déghaidi a même dû comparaître devant un tribunal pour avoir fait dire, dans son dernier film « Les mémoires d’une adolescente », à l’un de ses personnages que « la moitié des jeunes femmes égyptiennes sont tombées enceintes après avoir pratiqué l’adultère ». Ces restrictions ne sont pas propres à l’Egypte mais à d’autres pays arabes, dont le Liban où le film de la réalisatrice Randa Chahal, « Civilisées », avait été censuré en 1998 pour avoir traité de la sexualité et de la religion.

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