Cinéma : Le légendaire Bagger Vance

L’action se passe en Géorgie dans les années 1930. Enfant prodige de Savannah, champion de golf précoce, petit ami de la richissime Adele Invergordon, Rannulph Junuh est envoyé au front.
La Première Guerre mondiale bat son plein. Il en revient traumatisé, désenchanté et déçu. L’horreur à laquelle il a assisté le cloue au silence et à l’anonymat dans la petite et charmante ville de Savannah. Rongé par la hantise d’une horrible guerre, il y vit en fantôme parmi les vivants, préférant vivre seul, loin de tout et tout le monde, dans un vieux manoir délabré. La Grande Dépression de 1929 n’a rien arrangé à sa situation : sa fortune est partie en fumée, le père d’Adele, sa fiancée, pour échapper à la honte d’être ruiné, a quant à lui préféré se suicider. Seul legs : un parcours de golf que le père de la jeune et ravissante femme avait fait construire et qui semble voué à la faillite. Mais Adele a une idée: elle veut faire d’une pierre deux coups. Sortir Junuh de sa retraite en l’opposant aux deux plus grands golfeurs de l’époque, Bobby Jones et Walter Hagen, dans un tournoi dont les bénéfices permettront au terrain de ne pas disparaître. Mais Junuh ne veut rien savoir, convaincu d’avoir, une fois pour toutes, perdu le secret du «swing authentique» qui avait tant fait parler de lui et qui était derrière sa réputation de champion. C’est alors qu’un homme, surgi de nulle part, se présente à lui. Bagger Vance, un mystérieux et providentiel caddie noir, dont la compagnie, les conseils et l’amitié vont redonner sens à la vie du héros. C’est ainsi que se présente La légende de Bagger Vance, film de l’incomparable Robert Redford.
Un film qui démarre sur un air aussi bien du temps où se déroulent ses actions que la tendre et nostalgique musique Jazz, dans un Sud américain chaleureux, beau. Un début hésitant, comme pour marquer le dilemme à venir et une personnalité qui tend vers l’autodestruction. Celle de Rannulph Junuh, dont le rôle est interprété par le talentueux Matt Damon. L’intérêt ne tardera pas à grandir au fur et à mesure que l’on apprend à mieux cerner ce personnage. Et encore plus au moment où les deux autres protagonistes de l’histoire entrent en jeu. Le summum est atteint quand l’objet même du film est mis au grand jour : le golf. C’est alors que l’on entre dans une douce transe faite d’harmonie du corps et de l’esprit et dont le catalyseur n’est autre que le plus beau des sports. Un sport qui ne sert, du moins dans le film, que pour illustration de quelque chose de plus fort encore.
L’existence ou comment trouver son propre chemin.
Une fois la partie commencée, on est surpris par les différentes émotions et évolutions des personnages.
Les acteurs sont dans le ton. On redécouvre un Matt Damon très ensorcelant et un Will Smith tout à fait dans le ton. Ce n’est certes pas le meilleur film de Redford. Il n’atteint pas le splendide «Et au milieu coule une rivière», mais sa marque est bien là. De belles images ; de bons sentiments, et surtout de l’émotion. Robert Redford nous livre une de ses spécialités de metteur en scène, entretient une harmonieuse complicité avec les idées les plus excitantes et la nature la plus ardente. Le tout avec la présence de la beauté stupéfiante de Charlize Theron, et pour soutenir l’intérêt tout au long du récit, la magnifique photographie et la reconstitution d’époque si évocatrice des années folles. A voir.

• Tarik Qattab
«La légende de Bagger Vance» réalisé par Robert Redford
2h07 mn, 2000. Avec Matt Damon, Will Smith,
Charlize Theron, Jack Lemmon

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