Abdelilah Eljaouhary : «Il faut une décision politique réelle qui appuie la culture, notamment celle cinématographique»

Abdelilah Eljaouhary : «Il faut une décision politique réelle qui appuie  la culture, notamment celle cinématographique»

Entretien avec Abdelilah Eljaouhary, réalisateur

Abdelilah Eljaouhary a plein de nouveautés. Nous avons rencontré ce cinéaste et critique, qui travaille également sur l’émission «Chachat», pour nous en donner un avant-goût.

ALM : Vous vous êtes récemment lancé dans plusieurs projets. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Abdelilah Eljaouhary : Mon nouveau long-métrage intitulé «Cri de l’âme» sortira bientôt. Une œuvre que j’ai tournée depuis environ un an et 6 mois à Casablanca, Khouribga et Berrechid. S’y affichent plusieurs stars à l’instar de Saâdia Baâddi, Youssef Arabi, Mohamed Rzine, Abdelhak Belmjahed, Hassan Badida, Abdennebi El Bennioui, Jihane Kamal et Salah Dizane. Les faits de ce film de fiction, écrit par le scénariste et romancier marocain, Othman Achekra, s’articulent autour des années de plomb à travers plusieurs histoires. Celles-ci sont unies par les liens du temps et du lieu. Le tout sur fond de l’art de l’Aïta. Ce film est le 5ème de ma filmographie après plusieurs courts-métrages et films documentaires. Aussi, je viens de terminer le tournage de ma 2ème œuvre cinématographique de fiction qui sera prête dans environ 6 mois. Ce film, appelé «Hala Madrid, Visca Barça», parle des supporters du football, notamment des équipes du Real Madrid et du Barça, ainsi que de l’exploitation de ceux-ci pour des fins politiques, voire religieuses.

Quand est-ce que «Cri de l’âme» va sortir officiellement ?

D’abord, il sera projeté, pour la première fois, lors du Festival national du film de Tanger. En ce qui concerne la sortie en salles de cinéma, nous n’en avons pas encore décidé avec le distributeur pour fixer le moment opportun. Comme vous le savez, par l’occasion, le nombre de salles est assez minime bien qu’un grand nombre de films voie le jour. C’est pourquoi la sortie des films est encombrée. Nous espérons, en tout cas, que «Cri de l’âme » sortira bientôt.

Vous avez travaillé sur plusieurs films documentaires. Quel sera le prochain ?

J’ai un film à propos du rapport que les Marocains tissent avec le cinéma indien et son histoire au Maroc ou encore l’influence de ce cinéma sur notre public et nos artistes. Comme vous le savez, les Marocains se passionnent vivement pour le cinéma indien. De surcroît, plusieurs personnes exercent les métiers du 7ème art de par leur passion pour celui indien. C’est un documentaire intitulé «Moroccan Bollywood» dont j’ai commencé la préparation avec le producteur marocain, Said Gougaz. Aussi, nous sommes en train  d’écrire le scénario, avec mon ami Othmane Achkra d’un autre film de fiction.

Quand est-ce que vous entamerez le tournage de ce documentaire autour du cinéma indien ?

Nous l’avons déjà commencé. Cependant, le tournage, qui a débuté à Casablanca,  s’étalera sur une période plus ou moins longue. Nous poursuivrons bientôt dans d’autres régions du Maroc notamment Rabat, Meknès, Marrakech et Agadir. Aussi, nous nous préparons à faire le tournage, pendant 15 jours en avril, en Inde.

Pourquoi le cinéma indien particulièrement ?

C’est parce que je l’apprécie énormément depuis belle lurette. J’ai même écrit plusieurs articles sur ce cinéma et son histoire, que je connais très bien outre celui marocain, en tant que critique. Je suis peut-être l’une des personnes rarissimes qui y sont spécialisées dans le monde arabe. Cette passion pour le cinéma indien a fait que j’y porte un intérêt ainsi qu’au phénomène qu’il a créé au Maroc fort marqué par ce cinéma depuis les années 50. J’évoque dans ce sens l’expérience salutaire du défunt réalisateur Brahim Essayeh qui a doublé en dialecte marocain des dizaines de films indiens parmi les œuvres pionnières en recourant à des comédiens marocains, algériens et tunisiens. C’est le premier à faire le doublage dans le monde arabe dans les années 60 et 70 où cette technique était inexistante. Il a également doublé une série française qu’il a intitulée «Fourssane Assamae». Il a aussi doublé des films américains et français outre ceux indiens. Dans mon film documentaire, j’aborderai non seulement le phénomène du cinéma indien mais aussi ses figures au Maroc dont Brahim Essayeh. 

On reproche souvent aux cinéastes de ne pas adapter des romans au cinéma. N’envisagez-vous pas de le faire ?

Pour ma part, j’ai travaillé pour l’heure sur des scénarios originaux. Cependant, il faut avoir des droits et des moyens pour adapter un roman au cinéma. En tout cas, je n’ai pas encore eu l’occasion de travailler sur des romans. Je caresse vivement l’espoir de le faire surtout que j’aime beaucoup les œuvres littéraires marocaines, arabes et étrangères. J’espère avoir le projet d’un film de fiction adapté d’un roman arabe ou étranger.

Comment se porte le secteur au Maroc à votre sens ?

Le cinéma marocain est l’un des plus importants dans le monde arabe et en Afrique en termes de production et de participation aux festivals internationaux. Le Maroc concurrence et récolte des prix. Il a également un nombre important de festivals dédiés au cinéma qui se chiffrent à plus de 60. Cela fait que le pays soit pionnier. Bien évidemment, des problèmes existent, notamment le nombre réduit de salles de cinéma. Les 30 qui restent sont insuffisantes. Nous espérons qu’un intérêt sera porté aux salles en créant d’autres. Cet intérêt doit être doublé de la culture cinématographique ainsi qu’aux infrastructures en propageant celle-ci dans les établissements scolaires et en rendant à la fédération des cinéclubs marocains son lustre d’antan. Dans l’ensemble, il faut que les responsables culturels et politiques prennent conscience de l’importance du cinéma en l’appuyant et en veillant à la propagation de sa culture. Il faut une décision politique réelle qui appuie la culture, notamment celle cinématographique.     

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