Abdou Achouba, un Marocain à Cannes

Abdou Achouba, un Marocain à Cannes

Quand on connaît le bonhomme, on sait qu’on est face à un réel artiste. Pas de ceux qui s’intéressent aux choses en dilettante, mais du calibre de ceux qui vivent les arts et la beauté comme mode de vie. Abdou Achouba est un esthète, doublé d’un homme de grande passion. Il est travailleur, discret, patient, fin, subtil, cultivant l’art de la retenue, le labeur dans le silence, sans faire de vagues autour de lui. Il n’est pas du tout celui qui va remuer quoi que ce soit pour donner l’illusion de la profondeur. Non, avec Abdou Achouba, on est dans le vrai, dans le tangible, dans le travail bien fait, le travail ficelé, avec rigueur et cette force tranquille qui caractérisent les hommes qui marquent de leur empreinte leur passage parmi nous.

Bref, on peut lâcher les vannes et aligner les superlatifs: le bonhomme les mérite tous, sans l’ombre d’un doute. Abdou Achouba, professeur à la Sorbonne, journaliste, critique de cinéma, fondateur de la revue «Cinémarabe» à Paris, réalisateur et producteur international, est le seul Marocain à monter les marches lors du festival de Cannes. Avec Daniel Taddei, son partenaire et propriétaire de «Studios», ils font le tapis rouge pour la présentation d’un film attendu. Il s’agit de «Tale of Tales» de Matteo Garrone, à qui l’on doit un certain «Gomorra», film oscarisé, qui a laissé une grande empreinte dans le cinéma italien moderne. 

Voilà un Maroco-italien, un natif de Rabat, un fils du pays, qui fait honneur au cinéma marocain lors de cette édition 2015 du grand festival de Cannes. Il faut juste souligner ici que le film de Matteo Garrone a entièrement été tourné dans les Studios, pour lesquels Abdou Achouba a été coopté en 2014 associate partner. D’abord, c’est une consécration pour un grand nom du septième art mondial. Ensuite, c’est toute l’expérience et le carnet d’adresses d’un tel nom, d’un Marocain du monde, qui vont être mis au service de la promotion de studios aussi mythiques  que ceux de Rome. Nous parlons de l’un des plus grands centres cinématographiques, télévisuels et multimédias d’Europe : les mythiques Studios De Paolis, une adresse incontournable à Rome.

Mais déjà en 2013, le cinéaste et producteur marocain Abdou Achouba a associé son nom au film «Le premier homme», réalisé par le cinéaste italien Gianni Amelio, à qui l’on doit, entre autres, «Droit au cœur», avec Jean-Louis Trintignant en 1982, pour lequel il avait été récompensé à la Mostra de Venise. C’est lui qui a signé «Portes ouvertes», en 1990, nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger, alors que «Les Enfants volés», en 1992, avait été très remarqué à Cannes. «Mon frère», quant à lui, avait obtenu le Lion d’or à la Mostra en 1998. Pour le «Premier Homme», le film a coïncidé avec le centenaire de la naissance d’Albert Camus, auteur du roman inachevé dont est tiré cet opus.

On le voit bien, Abdou Achouba choisit avec minutie avec qui associer son nom. Il a le flair qui caractérise les grands hommes. Il ne se précipite jamais. Il attend, scrute, voit, jauge, puis décide de participer à une aventure où il met  son cœur, sans calcul ni préjugés. D’ailleurs, son amour pour l’image l’a conduit à produire un beau livre, intitulé «Maroc», du célèbre photographe américain Albert Watson. Un morceau de choix, avec des clichés en noir et blanc de très bonne facture.

Les vrais cinéphiles le savent très bien, Abdou Achouba, qui vit entre le Maroc et l’Italie, et voyage dans le monde par amour pour l’image et le cinéma, a signé un grand classique du cinéma marocain, Taghounja, en 1980. Un monument, un film atypique, avec un réel regard, un concept, une vision du monde. On est en 1980, autant dire l’âge paléontologique du cinéma marocain. Et il était déjà là, Abdou Achouba, il ne faut pas l’oublier. Aujourd’hui, il travaille avec des noms aussi prestigieux que Amelio, Garrone, Tadeï et d’autres. Il apporte son savoir-faire, son approche du septième art et fait parler du Maroc dans les plus grands festivals du monde. Il est l’ambassadeur artistique par excellence d’un Maroc en mutation.  C’est sa manière à lui de rendre hommage à son pays en attendant que son pays le lui rende un jour.

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