Azlarabe Alaoui : «La critique doit accompagner les évolutions créées par les artistes»

Azlarabe Alaoui : «La critique doit accompagner les évolutions créées par les artistes»

Entretien avec Azlarabe Alaoui, réalisateur

Le cinéaste Azlarabe Alaoui a dernièrement projeté son nouveau long-métrage «Kilikis, la cité des hiboux» qui a fait l’objet de polémique. Il livre son point de vue à propos de ce débat. Le réalisateur explique également sa vision qu’il a exploitée dans son œuvre prévue d’être distribuée par la plus grande société dans le monde arabe.     

ALM : Votre nouveau long-métrage «Kilikis, la cité des hiboux» a récemment suscité une polémique avant sa sortie dans les salles. Quel commentaire en faites-vous?

Azlarabe Alaoui : Le film a plutôt été vivement critiqué par les anciens détenus du camp de Tazmamart. Cependant, ces critiques ont notamment porté sur la consécration d’un nombre important de scènes aux gardiens de la prison au détriment des détenus. Ces reproches sont, à mon sens, des points de vue qui ne m’engagent pas parce que mon œuvre ne documente pas ces faits. Le film a sa propre vision basée sur une conception. Il était question, pour moi, de donner de la valeur aux personnes omises et de créer un rapport entre le récit et le tréfonds du spectateur à travers la présence psychologique de ces personnes omises. Le but ultime étant de refléter le drame des gardiens dans la persévérance des détenus. Preuve en est la forte présence symbolique de ces détenus sans en voir le visage. C’est une certaine sacralité donnée aux personnages qui n’apparaissent pas. Chose qu’on fait aux symboles des religions. Hélas, ce traitement sémiologique n’a pas été apprécié par certains. Par contre, d’autres critiques intelligents ont fait attention à cette conception avancée de l’intrigue. Ils s’en sont d’ailleurs félicités. Il est important que la critique accompagne les nouvelles évolutions créées par les artistes.

Est-ce que ces critiques vous ont-elles incité à changer le contenu du film ?

Je ne peux absolument pas apporter des modifications à une œuvre que je trouve homogène. Je ne peux pas entreprendre une telle démarche juste parce qu’une personne quelconque n’a pas apprécié l’approche du sujet. Il fallait plutôt que j’accepte d’introduire des modifications imposées par des parties qui étaient prêtes à financer l’œuvre. Cependant, je n’ai jamais obéi aux points de vue des autres. En tout cas, le milieu cinématographique est ouvert à tout le monde puisque toute personne, capable de faire le contraire de ce que j’ai fait, peut mettre la main à la pâte.   

Qu’est-ce qui a changé entre temps ?

Les modifications ont notamment porté sur la bande-son tout en délaissant certains effets visuels qui n’ont pas, à mon sens, été de qualité. Une telle démarche n’a pas affecté le film qui est devenu plus fort. D’ailleurs, il a été fort apprécié à l’issue de sa projection lors de la compétition de la 19ème édition du festival de Tanger tenue en mars dernier. Cela m’a donné les larmes aux yeux. C’était pour moi un grand prix. D’ailleurs j’ai quitté la ville directement après la projection tout en portant en moi ces beaux moments. 

Ces critiques vous décideront à mener une expérience pareille ?

Ces reproches ne pourront nullement m’empêcher d’avancer afin de triompher pour le seul être humain. Telle est ma vision existentialiste qui me met à l’aise et que je fais valoir lors de la réalisation d’une fiction ou d’un documentaire.

Quand le public pourra-t-il découvrir votre film dans les salles ?

Pour ma part, il ne revient plus, à moi seul, de distribuer l’œuvre comme cela a été le cas pour «Androman». En fait, mon nouveau film «Kilikis, la cité des hiboux» sera distribué par la plus grande société dans le monde arabe. C’est d’ailleurs la première fois que cette société accepte de distribuer une fiction. C’est un deuxième succès pour mon film.

Des projets à venir ?

Ils se limitent pour l’heure à la distribution du film et sa diffusion auprès du public et des festivals internationaux. Après quoi, je me pencherai doucement sur l’écriture de nouveaux textes. En fait, ce qui  m’intéresse ce n’est pas de sortir un grand nombre de films mais de lancer une œuvre qui constituerait une virée dans mes conceptions et mes réalisations précédentes.

 

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