Fatsah Bouyahmed: «J’étais sergent. Grâce à «La vache» je suis passé capitaine»

Fatsah Bouyahmed: «J’étais sergent. Grâce à «La vache» je suis passé capitaine»

Interview de Fatsah Bouyahmed, acteur

Qui est Fatsah Bouyahmed ? Sans doute la révélation du cinéma français de cette rentrée. Avec son irréprochable interprétation dans «La vache», une comédie humaniste de Mohammed Hamidi, Fatsah incarne le rôle de Fattah. Un agriculteur algérien des plus candides qui emmène sa vache, Jaqueline, en voyage à Paris pour concourir le prix des bovins au Salon de l’agriculture de Paris. Dans ce road trip où l’on retrouve une France douce et accueillante, Fatsah joue aux côtés du grand Lambert Wilson et de l’incontournable Jamel Debbouze et pourtant, on ne voit que lui. En marge de la projection de l’avant-première «La vache» à Casablanca dans le cadre de la soirée d’ouverture du Festival du film français, ALM a été à la rencontre du comédien algérien. Sans grande surprise, ce personnage est aussi attachant dans la réalité que dans la fiction

ALM : Vous venez de recevoir le prix d’interprétation à l’Alpe d’Huez, le prix du public et le Grand prix du jury lors du Festival, vous restez cependant peu connu du grand public. Aujourd’hui, cela risque de changer grâce à «La vache». Pourriez-vous nous raconter vos débuts dans ce domaine ?

Fatsah Bouyahmed : Tout petit, je voulais être journaliste. Je suis devenu acteur tout à fait par hasard. J’ai intégré une compagnie parce qu’il y avait une très jolie fille dans ma classe qui m’avait, à l’époque, invité à voir un spectacle où elle joue. J’y suis allé mais je n’avais rien compris à la pièce. C’était très intello, écrit par un anarchiste. A la fin la fille me demande si j’ai apprécié, j’ai dit bien sûr. Et c’est là où elle me demanda d’intégrer la troupe. Au bout de quelques semaines, j’ai oublié la fille et j’ai plongé dans le monde impressionnant du théâtre (rires). C’est comme ça que je suis devenu comédien.

C’est là votre premier premier rôle au cinéma. Que représente cela pour vous ?

Ce qui m’a séduit c’est le fait que je sois accompagné par Mohamed Hamidi et Jamel Debbouze, avec qui je travaille depuis presque dix ans. Fattah est un personnage que je pratique depuis quelques années, à Marrakech du rire notamment. Le jouer en premier premier rôle est excitant d’autant plus quand vous participez à l’écriture et au montage du film qui a duré plus de deux ans et demi.

Vous avez tout de même 20 ans d’expérience derrière vous !

Tout à fait. J’ai d’abord été initié au théâtre classique. Ce n’est que par la suite que j’ai rencontré des gens plus costauds qui m’ont formé à la comédie italienne ; la commedia dell’arte. J’ai appris à chanter, à danser, à faire des acrobaties, à faire du mime, à jouer avec des masques et surtout à improviser. Parce que dans la tradition, il n’y a pas de texte écrit en comédie italienne. J’ai passé 13 ans en tant que disciple d’un grand dramaturge et metteur en scène italien Carlo Boso. Un jour il a été question d’avoir un peu plus de diversité à la télévision française et c’est là où on a fait appel à moi pour faire des caméras cachées avec Karl Zero. C’était pour une émission satirique où je faisais ce personnage de blédard avec des lunettes caméra et j’allais dans des agences matrimoniales, les voyantes et tous ces services où l’arnaque est le mot d’ordre.

Pourquoi choisir constamment un personnage de blédard pour faire passer des messages ?

Vous savez, ce personnage- là, Fattah, n’est rien d’autre que mon père. Mon père faisait rire tout le monde sauf nous. Aujourd’hui, avec la retraite il se lâche un petit peu. Il me trouve des vannes. Il a même été déçu qu’on appelle la vache Jaqueline et non Jeannette.
Jaqueline était-elle un bon compagnon de route? Ce n’est pas tous les jours qu’on voyage avec une vache…
C’était plutôt plaisant. J’ai commencé à rire le jour où le réalisateur Mohamed Hamidi m’a parlé de son idée, jusqu’à la dernière séquence du tournage. Maintenant, si le public s’est attaché à Jaqueline au bout d’une heure et demie, sachez que moi, après huit semaines, je me suis plus qu’attaché à cet animal. Il y a eu plusieurs Jaqueline ceci dit. Une tarentaise marocaine et deux françaises.

Est-ce qu’en France aujourd’hui un personnage comme Fattah serait accepté de la même façon qu’il l’a été en fiction ?

Bien sûr que non. C’est presque un défaut d’être gentil et naïf dans la France d’aujourd’hui. Dans ce film, on dit le contraire. Il y a beaucoup de messages disséminés comme la question du pouvoir et la relation entre les riches et les pauvres. Le metteur en scène a choisi de faire ce film de cette façon. Il y a eu une scène qui traite du racisme, qu’on a joué et qui n’a au final pas été montée. On a voulu rester dans la fable tout en étant réalistes. Plusieurs scènes du film sont réelles. Quand on débarquait dans les campagnes, il suffisait d’expliquer qu’il s’agit d’un agriculteur maghrébin, qui débarque en France pour le Salon de l’agriculture avec une vache pour que les portes s’ouvrent. Il faut dire aux jeunes qui cherchent du travail en France d’y aller avec une vache (rires).
Il existe des clins d’oeil politiques dans ce film. Il faut rire de ce qui nous fait du mal. Notre métier nous le permet.

Peut-on dire que La vache représente une nouvelle phase dans votre carrière ?

Complètement. J’étais sergent et grâce à «La vache» je suis passé capitaine. C’est mon tout premier premier rôle, c’est un film coécrit par moi-même et c’est un film qui a du succès. Aujourd’hui, ma carrière au cinéma prend une autre tournure. Il y aura certainement d’autres projets. Ce ne sera pas que de la comédie. Bien que j’aie une facilité à faire rire, je peux incarner d’autres personnages. Après la sortie du film, je suis assez sollicité, il faut juste faire les bons choix

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