Jan-Willem Van Ewijk : « Un film étranger avec une histoire marocaine »

Jan-Willem Van Ewijk : « Un film étranger avec une histoire marocaine »

ALM: Qu’est-ce qui vous a décidé à faire le film marocain «Atlantic»? Jan-Willem Van Ewijk: Je fais de la planche à voile. On m’a parlé d’un petit village qui s’appelle Moulay Bouzerktoun en-dehors d’Essaouira et c’est très connu parmi les planchistes européens parce qu’il y a beaucoup de

vents en été et des vagues énormes. Alors je suis parti là-bas et j’ai rencontré plusieurs jeunes marocains qui ont amené les anciens matos qu’ils ont réparés. Ce sont des personnes qui ont appris à faire de la planche à voile super bien.
Au fil du temps on est devenu amis. Moi et les autres planchistes européens sommes restés chez eux. Pendant nos séjours, les Marocains nous entendaient parler de l’Amérique et développaient le rêve de partir de leur village. A un moment j’ai imaginé une histoire d’un Marocain qui prend sa planche à voile et essaie d’aller en Europe. Alors j’ai décidé de parler aux gens du village de mon idée qui les a impressionnés.  

Comment avez vous géré un rôle dans un film dont vous êtes le réalisateur ?

Après avoir fait mon film «Nu», j’ai eu l’idée de m’essayer à chaque discipline du cinéma parce que je ne savais pas encore si je voulais être réalisateur ou acteur. Alors j’ai pris le rôle principal que j’ai bien interprété outre ma tâche de réalisateur. Ma démarche était de jouer et d’arrêter le tournage pour parler aux autres acteurs. Avec «Atlantic», j’ai eu un petit rôle et pourtant cela a été dur parce que c’était un grand film avec une équipe de cent personnes. Et j’avais Thekla Reuten qui est une actrice expérimentée.

Comment se fait-il que vous vous entouriez d’un cast marocain ?

J’ai fait un casting parmi les acteurs marocains assez connus mais je n’ai jamais trouvé parmi eux un bon planchiste pour le rôle principal. Alors que moi j’avais besoin de quelqu’un qui a de la force, la tristesse dans les yeux et qui sait surtout surfer. Quand j’ai rencontré Fettah Lamara, je l’ai présenté à mes producteurs qui ont trouvé qu’il a énormément du talent.  

Qu’est-ce qui fait la différence entre un casting marocain et hollandais ? Avec les castings, j’aime toujours inviter les acteurs à dîner, prendre un petit déjeuner ou un café pour voir comment ils sont dans des circonstances normales.

Après je les invite à jouer des petites scènes. La seule différence entre l’étranger et le Maroc, c’est la langue. Pendant le casting, je disais aux acteurs de parler arabe parce que je peux comprendre par la voix et le corps si l’acteur a bien exprimé ses émotions à l’égard du rôle.

Vous avez abordé l’immigration clandestine dans le film. Est-ce pour insinuer que le phénomène colle à la réalité marocaine?

Certaines tranches de la population marocaine, comme dans plein de pays du monde, caressent le rêve d’avoir une vie meilleure. Dans le village où j’ai tourné «Atlantic», j’ai remarqué que certains jeunes s’attachent à ce qui est absent comme par exemple une copine. Et l’absent c’est entre autres un thème dans le film.  

Et pourquoi un chevauchement entre faits et monologues ?

Quand on est triste, on devient un peu égoïste et renfermé sur soi-même. Même si le héros est entouré de gens, il se sent seul c’est comme ça que j’ai écrit la voix off. Ce sont ses pensées et ses monologues qui étaient le centre du film. Aussi le héros se sentait seul même au fond de l’océan. Un sentiment qu’il éprouve de par la perte de sa mère. Et parallèlement j’avais besoin de scènes où il y avait beaucoup de monde.  

Que pensez-vous du festival ?

C’est un événement avec beaucoup de glam. Ici, le tapis rouge est beaucoup plus grand. Le festival est aussi une occasion pour les acteurs de mon film pour avoir une scène pour montrer leur travail et trouver des opportunités. C’est pour cela que je voulais qu’il y ait une première ici pour que le public marocain puisse voir un film avec une histoire marocaine.
Par contre, je suis surpris qu’il n’y ait pas beaucoup de films marocains dans ce festival parce que j’aimerais bien les  découvrir davantage.  

Un projet à venir ?

Je voudrais faire une trilogie. Après «Nu» qui a parlé de la perte de l’amour, «Atlantic» qui a abordé la perte de parents, le prochain traitera aussi la notion du perdu. Ce sera un film américain qui mettra en scène un couple qui perd sa fille. Il portera le titre «Sleep». Après j’aimerais bien faire des comédies.

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