Kamal Derkaoui: «J’ai la chance d’être au carrefour de plusieurs cultures cinématographiques»

Kamal Derkaoui: «J’ai la chance d’être au carrefour de plusieurs cultures cinématographiques»

ALM : Vous êtes l’une des personnalités cinématographiques qui seront honorées lors de la 15ème édition du Festival international du film de Marrakech. Que représente pour vous cet hommage ?
 

Karim Derkaoui : Tout d’abord, je vous remercie de l’intérêt que votre journal me porte. Cela est déjà un grand hommage. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai été profondément touché. Une telle reconnaissance, quand elle arrive de la part du pays d’origine, ne laisse pas indifférent. Je voudrais en profiter pour remercier Sarim Fassi Fihri, directeur général du CCM. Il y a 20 ans, à ma sortie de l’école de cinéma de Moscou, M. Fassi Fihri était le premier producteur à me confier la direction de la photo de la majorité des courts-métrages qui constituaient le film événementiel du centenaire du cinéma. Il m’a donc offert l’occasion de collaborer, très jeune déjà, avec les plus grands réalisateurs au Maroc. Je ne le remercierai jamais assez car ma carrière avait démarré ce jour-là.
Actuellement vous êtes installé au Canada, parlez-nous de votre expérience là-bas…
Mon expérience canadienne est plus largement une expérience nord-américaine car plus de 85% des projets que je tourne au Canada sont des produits des studios américains qui viennent se faire au Canada. Et pour y revenir, mon expérience est extraordinaire. Comme partout dans le monde, quand on est un directeur photo venant d’ailleurs, on est synonyme de nouveauté et d’exotisme. Cela m’a donné assez vite l’opportunité de faire un premier long métrage avec une célébrité devant ma caméra. La collaboration était excellente et a tout de suite débouché sur de nouveaux projets, puis sur une invitation à rejoindre la CSC (Canadian Society of Cinematographers). Par la suite, mon travail a fait l’objet de plusieurs nominations pour la meilleure image au Canada. Et en 2013, j’ai reçu le prix du CSC Award dans la plus prestigieuse catégorie, Theatrical Feature Cinematography.
 

Très jeune vous êtes devenu une valeur sûre en matière d’image au Maroc, quel est le secret de votre réussite ?

Il est vrai que j’ai eu la chance d’être au bon endroit au bon moment pour avoir commencé assez jeune à faire de l’image, mais je ne peux pas encore parler de réussite. «La réussite», à mon avis, est synonyme d’accomplissement, de ligne d’arrivée et donc de relâchement. Ce qu’il m’est difficile d’admettre. Pour moi, c’est un but à poursuivre sans cesse, un perfectionnement constant. De grands directeurs photo ont placé la barre très haut ! J’ai donc encore beaucoup d’efforts à faire.
 
Quelles sont vos influences, vos inspirations ?

C’est une belle question. Ma hantise a toujours été d’être trop influencé par quelque chose ou par quelqu’un et de tomber dans le piège de la facilité du «copier-coller». J’essaye donc toujours et encore de me nourrir de la poésie de l’école russe, adaptée à la machine nord-américaine, embellie par la touche d’épice marocaine, pour en faire ma propre cuisine. J’ai la chance d’être au carrefour de plusieurs cultures cinématographiques qui m’enrichissent.

Quel regard portez-vous sur le cinéma marocain ?

Le cinéma marocain est un cinéma d’auteur en pleine effervescence qui mériterait de s’exporter un peu plus et d’être vu ailleurs qu’au Maroc. Il est pratiquement impossible d’acheter un DVD d’un film marocain sur Internet, par exemple. Et donc le seul moyen reste «YouTube» où la qualité est plutôt témoin du non-respect aux artistes. Pourtant la beauté du Maroc et le professionnalisme des cinéastes marocains gagneraient à être connus.

Que conseillez-vous aux jeunes photographes en herbe ?

La cinématographie est un domaine qui évolue de manière exponentielle. On a tous besoin de conseils de manière continue. Mais à mon sens, la cinématographie reste une déesse, grande, belle et généreuse, avec des sensations magiques qu’elle n’hésite pas à partager. Sa seule demande en retour est qu’on la respecte ! La nouvelle technologie appelle à la facilité et à l’accessibilité et donc à moins d’effort au niveau de la créativité. C’est le besoin qui force la matière grise à travailler et à réfléchir. Donc, le seul conseil qui me vient à l’esprit c’est : ayez soif, ayez faim… ayez besoin !

Parlez-nous de vos projets…

L’avenir est assez prometteur. J’ai deux beaux projets au Maroc. L’un avec le grand Jilali Ferhati qui n’a jamais cessé de me surprendre avec ses trouvailles à la fois profondes, sensibles et pleines d’humour. L’autre avec Adil Fadili, un ami d’enfance qui m’a très agréablement surpris avec son court métrage, ne me laissant aucune hésitation à répondre oui quand il m’a proposé de collaborer sur son long métrage. Quant au Canada, les projets sur lesquels mes agents à WPA à West Hollywood se penchent s’annoncent plutôt bien. Un des souhaits qui me tient particulièrement à cœur serait d’assurer l’image d’une production nord-américaine dans la beauté majestueuse des paysages marocains.

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