Mohamed Khouyi : «Il faut que les producteurs privés mettent la main à la pâte»

Mohamed Khouyi : «Il faut que les producteurs privés mettent la main à la pâte»

Entretien avec Mohamed Khouyi, acteur

Il est impossible de croiser, au hasard, la star appréciée des Marocains, Mohamed Khouyi, dans un quartier r’bati sans qu’il nous livre ses nouveautés. Face à notre demande insistante, il finit, malgré ses occupations actuelles, par nous accorder cet entretien. Il y parle de ses projets, de son évolution, de sa vision du secteur cinématographique et des avantages à tirer des expériences des artistes de renom.       

ALM : Vous êtes, ces derniers jours, occupé à chaque fois que nous essayons de vous joindre. Quelle en est la raison ?

Mohamed Khouyi : C’est parce que je suis en tournage à Marrakech de la série « El madani » du réalisateur Youssef Britel. Dans cette œuvre, composée de 4 épisodes et scénarisée par Othmane Esseddiq, je m’affiche avec les artistes Saâdia Azegoun, Abdellatif Chaouki, Hajar Grigaâ, Hamid Najah, Hachem Bastaoui et Mohamed Choubi entre autres. J’y interprète le rôle de chef de tribu, un opportuniste et dupe qui se marie tout le temps. Je viens également de terminer le tournage, à Rabat, Témara, Skhirat et Kénitra d’un long-métrage cinématographique intitulé «Imraa khalfa eddell» (Une femme au-delà de l’ombre). Dans ce film, réalisé par Jamal Belmejdoub, je me produis aux côtés des artistes Saïda Baâddi, Nadia Kounda, Younes Bouab et Abdellatif Chaouki. J’y interprète le rôle d’un père riche qui vit le drame de sa fille laquelle des problèmes psychologiques.

Après tant d’années dans le milieu artistique, marqué par l’apparition de nouveaux visages, comment un acteur peut-il, à votre sens, préserver sa renommée et sa performance?

Il faut, en fait, un concours de plusieurs facteurs dont le labeur pour gagner en renommée. Ce qui importe, c’est que les œuvres soient à la hauteur des attentes du public de notre patrie.  Quant à la performance, il faut prendre conscience de la nature de son métier, parce que c’est un choix à faire. Dans n’importe quel domaine, il faut avoir l’idée de développer ses compétences. Il est question d’évoluer d’un personnage à l’autre et de donner une valeur ajoutée en interprétation à offrir au public. Ainsi,  le progrès apparaît à travers les rôles. Pour ma part, je crois fort au labeur avant de se mettre devant la caméra. Cela peut être fait dans le vécu quotidien en travaillant sur son for intérieur et à force des répétitions. Le tout étant censé être interprété avec sincérité. Il est du devoir du personnage de convaincre le public par la sincérité. Mon souci, c’est comment développer la personnification au Maroc. Il ne suffit pas, à mon sens, de réaliser une renommée mais de faire évoluer cette personnification dans notre pays.    

Vous brillez par votre absence des médias. Pourquoi ?

En fait, je ne cours pas derrière les interviews dans des émissions ou programmes. Je préfère plutôt travailler plus en passant à l’acte. Cela de manière à ce que les journalistes et critiques puissent émettre des observations sur ma performance. Personnellement, je n’aime pas trop parler. Il est vrai que j’ai beaucoup d’amis journalistes et je n’ai pas d’ennemis, mais le fait d’accorder des interviews dépend parfois de mon humeur. Bien évidemment, toutes les demandes d’interview sont les bienvenues.   

Dans votre parcours, quelles sont les étapes principales qui ont forgé votre personnalité artistique ?

Dès l’enseignement secondaire, je prenais part à l’âge de 17 ans aux activités parallèles. Pendant la jeunesse, je prenais des cours de formation au Théâtre Mohammed V à Rabat chez le défunt professeur Abbas Ibrahim à qui je dois une fière chandelle. J’ai également reçu une formation auprès de la troupe «Achams» (Le soleil) avec mon défunt ami Mohamed Bastaoui et l’écrivain marocain Youssef Fadel, le scénographe et professeur à l’Isadac, Abdelmajid El Haouass, Abdelatif Mbarki, metteur en scène et professeur à l’Isadac, ainsi que l’artiste Mohamed Khouri. Après quoi, j’ai participé à plusieurs pièces de théâtre. Ce qui m’a valu des propositions pour la télévision, le théâtre et le cinéma.     

Qu’en est-il des productions étrangères ? Vous n’y participez plus ?

J’y ai déjà, comme vous le savez, pris part dans les années 90. J’ai contribué avec les Occidentaux, notamment les Européens, Américains, Coréens et Suédois. A l’époque, je cherchais à prendre connaissance des expériences internationales et des productions étrangères. Cependant, les œuvres marocaines ont pris le plus clair de mon temps. Il est à noter que les productions étrangères ont tendance à baisser au Maroc où il n’existe pas d’industrie cinématographique. Nous ne disposons également pas de critiques contribuant à la renommée des artistes marocains à l’étranger. C’est pourquoi notre effort reste dans notre patrie. D’autant plus que nous n’avons pas de sociétés de distribution. Ce sont de telles démarches qui permettent au public de prendre connaissance de nos œuvres.

Comment promouvoir cette distribution dont vous parlez ?

C’est l’Etat qui est censé encourager la production cinématographique et artistique. Déjà, les producteurs se plaignent du manque de salles de cinéma. Il faut que les producteurs privés mettent la main à la pâte. Ainsi, il y aura une rude concurrence de par l’existence des compétences dans ce secteur. C’est comme ça que nous pourrons avoir une industrie cinématographique dont la distribution fait partie intégrante. 

Que pensez-vous de certains artistes qui, malgré leur renommée, ne s’affichent plus dans de nouvelles œuvres ?

Notre scène regorge de plusieurs acteurs de grand calibre et de nouveaux talents. Cependant, les artistes qui ont pris de l’âge ont toujours des expériences dont il faut tirer profit, surtout qu’ils sont toujours prêts à s’afficher, tout en donnant la chance aux jeunes talents. C’est pour cela que j’ai parlé des producteurs privés. Ce secteur est connu pour la recherche de la qualité. A son tour, l’Etat est censé exercer un contrôle sur le budget récolté par les sociétés de production. Nous avons besoin des expériences de ces artistes de grand calibre. Pour ma part, j’ai déjà collaboré avec beaucoup d’entre eux. Il y en a ceux qui souffrent. Ils aiment leur métier et ont de la valeur ajoutée mais ils ne reçoivent pas d’offres. Je n’aime pas voir cela. J’espère que ces stars qui ont de l’expérience seront sollicitées. D’ailleurs, le public les demande. Il faut compter sur ces noms qui ont tant donné au domaine.         

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