Noureddine Lakhmari: « Il faut qu on apprenne à juger un travail cinématographiquement parlant et non moralement »

Noureddine Lakhmari: « Il faut qu on apprenne à juger un travail cinématographiquement parlant et non moralement »

ALM : Sur quels critères allez-vous vous  baser dans l’évaluation des courts-métrages en compétition ?

N.L : Pour être honnête nous n’avons pas encore regardé les courts-métrages sélectionnés dans le cadre de la compétition. Ceci dit, ce qui importe le plus, et ça n’engage que moi, ce n’est pas la technique mais plutôt la façon avec laquelle le message est transmis. Le fait que ce soit puisé dans un vécu personnel, que ce soit émotif et que ce soit humain est très important dans la mesure où l’on arrive ainsi à toucher son public et à l’attirer dans notre propre univers. Après tout, ce sont des réalisateurs en herbe et, quand nous allons évaluer ces films, nous n'allons pas chercher à trouver une ressemblance avec les films que l’on réalise, nous les membres du jury. Nous n’essaierons pas de leur imposer notre vision. Dans leur cas, il est important que le verbe prenne le dessus sur l’image.  

Tout ce qui est technique ne vous intéresse donc pas ..

Tout ce qui est technique pour des étudiants  à ce stade. Bien évidemment, si la technique est bonne et que l’on sens des efforts dans ce sens, c’est tant mieux. Je dis cela parce que je connais les conditions dans lesquelles ces courts-métrages sont réalisés. Je sais comment les choses se passent dans le monde de la production au Maroc. Ces jeunes talents sont obligés de faire avec les moyens du bord et croyez-moi, ce n’est pas une tâche facile. Le film doit techniquement bien se tenir, mais il faut aussi comprendre pourquoi ce n'est pas toujours le cas.

Un court-métrage est-il en soi plus difficile à réaliser qu’un long-métrage ?

J'ai moi-même plus de mal à réaliser mes courts-métrages que mes longs-métrages.  Dans un film, on dispose d'une heure et demi, voire de deux heures, ce qui nous donne une bonne marge pour pouvoir se rattraper quelque part dans le film ou pour bien expliquer sa vision. Quand il est question de court-métrage, on parle d'une suite d’images rapides avec lesquelles on doit toucher son public. Ce public, dans un pays comme le nôtre, a un rapport très spécial avec le court-métrage. On le néglige et on le méprise. A moins d'être brillant et efficace, un court-métrage a rarement le succès qu'on attend.

N’est-il pas question d’éducation à l’image aussi ?

Nous n’avons pas le choix puisque nous ne sommes que des consommateurs d’images et ceux qui en détiennent le monopole sont connus. Toutefois, il faut noter que ce que le Maroc est en train de faire aujourd’hui est intéressant. On crée notre propre industrie, nous sommes loin d’être au top, mais ça arrivera.

Vous répétez souvent qu’on n’a pas de cinéma de genre au Maroc. Est-ce par manque d’ouverture sur d’autres écoles ?

Et je maintiens ce que je dis. Nous n’avons pas de cinéma de genre, notre cinéma ressemble au cinéma égyptien ou au français. Quand on s’attaque au cinéma de genre, c’est comme si nous n’étions pas marocains, et les critiques fusent tout de suite.  J’ai connu ça avec Casanegra qui s'est vu coller par beaucoup de monde l'étiquette d'un film avec une « vision noire ». C’est du cinéma noir dont il s’agit. Ce genre est absent de la scène marocaine, tout comme tant d’autres, et ceci est malheureusement du à la connaissance limitée que l’on a du cinéma.  Il faut qu’on apprenne à juger un travail cinématographiquement parlant et non moralement. C’est seulement à ce moment là qu’on pourra parler d’un public éveillé.  

Sauriez-vous donner un jugement sur la jeune scène émergente des réalisateurs ?

Je vous répondrai quand j’aurai vu leurs travaux dans les deux jours qui viennent. Les échos de la part de ceux qui en ont fait la sélection sont très bons en tout cas. Je suis sur qu’on sera surpris.
 

Après Casanegra et Zéro, qu’allez-vous offrir à votre public ?

Il y a effectivement un troisième film dans la trilogie. Il s’appellera « Mazloute ». Dans ce film, je m’éloigne un peu de tout ce que j’ai fait avant. Ça n’a rien à voir avec le cinéma noir, mais je m’en inspire légèrement.
 

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