Othman Naciri: «Ce nouveau court métrage offre une lecture poétique de la marocanité du Sahara et des sans-papiers au Maroc»

Othman Naciri: «Ce nouveau court métrage offre une lecture poétique de la marocanité du Sahara et des sans-papiers au Maroc»

Entretien avec Othman Naciri, réalisateur de cinéma

Après avoir réalisé son premier long métrage, Othman Naciri revient avec un court métrage illustrant une thématique chère à son cœur. Baptisé «Ailleurs». Le film a eu le soutien de l’Organisation internationale de la francophonie et sera diffusé sur TV5 Monde.

L’histoire interpelle. Après avoir perdu toute sa famille, Salem, un vieux nomade et ancien séparatiste du Polisario, décide de quitter Tindouf et revenir mourir près de Laâyoune, la terre qui l’a vu grandir et qu’il n’a plus revue, depuis 40 ans. C’est à ce moment qu’il croise sur sa route un Sénégalais sans papiers qui souhaite rejoindre sa famille récemment régularisée à Casablanca. Loin des jugements, les deux hommes apprendront à mieux se connaître, à travers leurs peurs, leurs doutes, leurs chagrins et leurs rêves. Dès lors, une étrange et émouvante amitié lie ces deux passagers du vent, qui ont chacun sa propre vision du Maroc. Un Maroc souvent imaginaire, parfois nostalgique, magique, cruel et hors norme…

Parlez-nous de votre court métrage «Ailleurs»…

Othman Naciri : Le film raconte l’histoire d’une rencontre inattendue en plein désert entre un ancien nomade séparatiste repenti qui souhaite revenir mourir au Maroc et un Sénégalais qui souhaite s’installer légalement au Maroc. L’idée est née de mon désir de m’inspirer de belles histoires qui peuvent se passer dans notre désert, pour en faire un film. Au final malgré les idées reçues, très peu de films marocains s’intéressent réellement au désert. Un, puis deux, puis trois repérages pour déterminer le lieu du tournage, attendre que la pluie s’arrête (eh oui, même dans le désert) et premier coup de pioche début 2016, dans un froid de canard, mais sous un soleil de plomb.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour réaliser un tel film ?

Entre deux longs métrages, j’ai souhaité revenir vers un format qui m’est cher, une, ou plutôt deux thématiques riches, et encore inexplorées. Ce qui se passe aujourd’hui au Maroc est fascinant. Le pays accueille des migrants légalement. Une première aussi bien dans son histoire et dans la région. Seule l’actualité en parle. Je me suis dit que l’art, et en l’occurrence le cinéma, devrait aussi en parler, avec son langage propre…

Quel a été le budget déboursé pour le produire ?

Le budget final est de 22.000 euros.

Avez-vous été soutenu financièrement pour le produire?

Nous avons reçu le soutien de l’Organisation internationale de la francophonie, ainsi que de fonds propres de la société de production.

Sur quels canaux sera-t-il projeté?

Une avant-première a eu lieu à l’uZine de Ain Sebaa à Casablanca la semaine dernière. Le film a démarré sa tournée internationale des festivals par Milan et Rome. D’autres festivals suivront. Pour le Maroc, d’autres projections sont à prévoir à Casablanca, Rabat, Marrakech et Tanger dans un premier temps, et pour finir, le film sera diffusé sur TV5 Monde au printemps prochain.

Avez-vous trouvé du mal à le réaliser sur le plan logistique compte tenu des différents lieux de tournage ? Racontez-nous un peu comment s’est déroulée cette aventure…

Le tournage a eu lieu à Ouarzazate sur un terrain désertique dépendant d’un des studios de la ville. Mais un premier tournage a été interrompu quelques semaines auparavant, sur un autre site, avec d’autres comédiens, à cause d’une violente tempête, qui devait durer 10 minutes et qui a duré 10 jours…

Quel est votre ressenti après sa sortie ?

L’accueil a été très positif et le public est globalement surpris par cette approche décalée d’une thématique générale politique. L’intérêt pour l’Afrique est indéniable au Maroc et grandit jour après jour. Les réactions après la sortie du film en témoignent.

Qu’espérez-vous passer comme message à partir d’un tel film ?

J’ai souhaité offrir et proposer aux cinéphiles, et plus globalement au public, une lecture poétique de ces deux questions qui font clairement l’actualité et qui, surtout, repositionnent le Maroc sur l’échiquier africain et international. Le Maroc est vaste de sa culture et sa culture évolue, subit des brassages et ces nouveaux brassages inspirent des œuvres, je l’espère, de plus en plus nombreuses et diversifiées.

Quels sont vos projets futurs?

Je travaille sur un long métrage qui raconte l’histoire du premier Arabe, musulman et Africain sur le continent américain. Cet homme est marocain et très peu de gens le savent.

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