Sarim Fassi Fihri : «En 2017, plus de 90% des sociétés de production sont domiciliées chez le gérant de la société»

Sarim Fassi Fihri : «En 2017, plus de 90% des sociétés de production sont domiciliées chez le gérant de la société»

Entretien avec Sarim Fassi Fihri, DG du CCM

Suite au communiqué de la Chambre nationale des producteurs de films, qui estime que le Centre cinématographique marocain écarte les producteurs professionnels de manifestations cinématographiques et de subventions, ALM a recoupé la version du directeur du CCM. Sarim Fassi Fihri répond également à la Chambre qui pointe du doigt la mise en écart des cinéastes quant à la réalisation de «dramas» télévisés. Le directeur du CCM exprime également son opinion vis-à-vis de la marche que la Chambre tiendra ce mercredi à Rabat.       

ALM : La Chambre nationale des producteurs estime être écartée des subventions que vous accordez. Que répondez-vous à cela?

Sarim Fassi Fihri : Les subventions ne sont pas octroyées à des associations ou des Chambres professionnelles mais à des producteurs et des réalisateurs sur la base d’un certain nombre de critères définis par les textes en vigueur: la qualité et l’originalité du scénario, l’expérience du réalisateur et du producteur ainsi que la faisabilité du projet. De 2015 à 2017, 140 projets (longs et courts métrages, documentaires, aide à l’écriture ou à la réécriture)  ont été soutenus.

La sélection s’est effectuée par des commissions indépendantes sur près de 400 projets.

Ces procédures existent depuis 1988, aussi dire que des associations ou leurs membres sont écartés est insultant pour les membres de ces commissions mais aussi pour les 140 bénéficiaires. De plus nous ne connaissons même pas les membres de cette Chambre en dehors de son bureau.

Si leurs projets ont été refusés ou rejetés par les commissions indépendantes, ce n’est ni à cause de «népotisme» ou de «clientélisme», mais parce que, tout simplement, ces commissions ont jugé qu’ils ne répondaient pas aux critères de qualité exigés, ou, tout normalement, que les projets présentés par leurs confrères sont meilleurs.

Faire des déclarations comme celle que vous évoquez ou «appeler à marcher» n’occultera pas le fait que le cinéma reste un art et, comme toute forme d’art, il exige de la créativité et du professionalisme.

Voilà où doit se situer le débat…

La Chambre reproche également au CCM la complication de procédures administratives. Quel commentaire en faites-vous?

Le CCM a un rôle de régulateur du secteur, il a le devoir d’en protéger toutes ses composantes: producteurs mais aussi réalisateurs, techniciens et artistes dans les relations que ces quatre composantes ont entre elles. Les procédures administratives vont dans ce sens pour éviter au maximum que ces relations intersectorielles finissent devant les tribunaux.

Il s’agit aussi de professionnaliser davantage ce secteur, hautement  capitalistique, et qui attire beaucoup de monde y compris beaucoup d’amateurs alléchés par des soutiens à la production qui peuvent atteindre cinq millions de dirhams par film.

Vous pouvez créer une société avec un capital de dix mille dirhams et solliciter (et obtenir!) tout à fait légalement un soutien de cinq millions de dirhams !

Il faut savoir qu’en 2017, plus de 90% des sociétés de production sont des sociétés domiciliées chez le gérant de la société, c’est-à-dire dans son domicile et sans aucun salarié permanent.

De plus la plupart des procédures administratives existaient avant mon arrivée au CCM.

Quoi qu’il en soit, le CCM, à l’instar de beaucoup d’administrations publiques au Maroc, a procédé à une simplification très poussée de ces procédures depuis le 2 janvier 2018.

Même le paiement en ligne des prestations sera introduit dans les prochaines semaines dès l’accord du ministère des finances.

Le CCM a signé une convention avec les télés marocaines. Où en êtes-vous quant à sa mise en œuvre?

Parmi ses missions, le CCM a la charge de promouvoir le cinéma marocain. Mais il n’est ni producteur ni détenteur de droits. La convention avec les télévisions du pôle public va dans le sens de la promotion des films marocains en général. Il reste aux producteurs à traiter avec les chaînes dans le cadre des règles internes des chaînes, de leurs lignes éditoriales et de leurs choix artistiques. La mission de promotion du CCM ne peut se substituer au travail du producteur lorsqu’il s’agit de négocier une cession des droits commerciaux de son film à une chaîne de télévision.

Je pense que cette polémique est inutile, contre-productive et inopportune.

Elle l’est d’autant plus que cette année, 2018, le Maroc va fêter le soixantième anniversaire de son cinéma qui  devient de plus en plus visible mondialement. En effet, le film marocain n’a jamais autant participé à des festivals cinématographiques majeurs que ces dernières années.

En 2017, les films marocains ont été sélectionnés à Berlin, Toronto, Venise et Dubai. L’année 2018 démarre très fort avec deux films programmés à la Berlinale. 2018 verra également la relance de la Cinémathèque Marocaine créée en 1996 et qui est sans réelle activité depuis.

Sur le plan réglementaire plusieurs évènements importants vont voir le jour en 2018. Je citerais à titre d’exemple le projet de  loi réorganisant le CCM, et qui date de 1977. Ila été approuvé en Conseil de gouvernement le 30 novembre dernier et il devait être présenté en commission au Parlement hier mardi 9 janvier. Aussi, le projet de loi réorganisant l’industrie cinématographique et audiovisuelle et qui date de 2001 sera présenté en Conseil de gouvernement durant le premier semestre 2018. De même, le soutien aux productions étrangères qui tournent au Maroc sera opérationnel d’ici la fin du mois de janvier. Comme je l’ai dit tout à l’heure, la mission du  CCM est de réguler et de promouvoir le secteur. C’est la raison pour laquelle j’appelle à plus de sagesse et de sérénité, et déclare publiquement que je continuerai d’être ouvert à tout dialogue sérieux et responsable avec tous les professionnels à travers leurs associations, sans exclusion ni exclusive,  pour construire ensemble un avenir encore meilleur pour le secteur cinématographique marocain.

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