Circoncision : une fierté pour les parents

Circoncision : une fierté pour les parents

Plusieurs comportements sociaux ont conceptualisé la réaction humaine face à des actes pérennisés par la suite. Souvent pas par nécessité médicale mais par infusion de moralité et sentiments humains qui étaient à l’origine de préceptes brandis comme signaux distinctifs. Des messages à fortes charges affectives, interceptés comme actes révélateurs d’appréhension. La circoncision en tant que phénomène social en fait partie. Pratiquée depuis la nuit des temps pour des considérations de croyance, elle est devenue un rituel incontournable pour plusieurs religions monothéistes à l’instar de l’Islam et le Judaïsme. C’est aussi le cas pour d’autres groupements ethniques. La circoncision est à appréhender dans ses multiples considérations comme signe distinctif à base de preceptes sociaux ou religieux. La croyance religieuse encourage d’ailleurs cet acte qui perpétue la descendance d’Abraham et loue les raisons hygiéniques qui font de cette pratique religieuse un catalyseur d’idéaux se rapportant à la propreté de l’âme. Par analogie mystique, la circoncision symbolise tout corps d’où a été retranché tout ce qu’il y a de mauvais. La tradition en fait un signe glorifiant du nom propre, de l’ego masculin, alors que la symbolique prédestine déjà l’enfant ou le bébé à se positionner dans la tribu des mâles. Ceux qui sont prêts à affronter les aléas de la vie. En parallèle avec ces considérations, l’ablation du prépuce est perçue dans ses différentes manifestations comme fête familiale et une obligation religieuse et sociale. La fête, car il s’agit d’une fête, se prépare à l’avance. «Il faut d’abord dénicher le bon chirurgien ou l’infirmier expérimenté pour se fixer le rendez-vous convenant», explique Karim Hssaini, un père qui vient de circoncire son enfant âgé de trois ans. De nos jours, le recours à la médecine moderne est une nécessité et un choix qui ne se discutent pas. Les jeunes parents ne font plus confiance aux hejjams. «Il ne faut pas risquer le coup du hejjam, même s’il faut payer plus», ajoute ce père enorgueilli car malgré les 1.500DH qu’il vient de réunir, son enfant se porte bien. La fête qu’il vient d’organiser pour la circonstance a regroupé proches et amis dans une ambiance festive. «Nous avons organisé la fête dix jours après l’intervention chirurgicale. Il fallait attendre la cicatrisation de la blessure afin d’éviter toute complication inattendue. D’autant plus, nous n’avons informé personne pour que notre enfant se rétablisse en paix». Et d’ajouter pour ALM : «Ce n’est qu’après qu’on a invité nos proches. Plusieurs personnes nous ont fait des reproches mais ont vite compris que c’était dans l’intérêt de notre enfant». Son de cloche antinomique pour Ahmed B. qui a dû endurer le calvaire avec son fils qui n’a pas été bien circoncis et qui a dû attendre plus de deux mois pour que son fils soit bien rétabli. «On a eu très peur pour notre enfant de quatre ans car son organe a été infecté. D’autant plus que l’infirmier qui s’est occupé de cela n’avait pas bien réalisé son intervention». Et c’est le risque du ratage qui fait peur à certains parents, explique le docteur Abdessamad Moufid, spécialiste en chirurgie enfantine, qui précise que «l’acte est anodin en lui-même mais il faut consulter un chirurgien avant de prendre une quelconque décision». Ceci dit, Dr Moufid rapporte que plusieurs interventions réalisées par des «hejjames» surtout dans le monde rural, posent problème. «Il nous arrive de refaire la circoncision car la première opération n’a pas été bien faite. Des fois ça laisse des séquelles et je conseille les parents de rendre visite aux centres de santé avant de se décider et qu’ils circoncisent leurs enfants avant qu’ils dépassent leur troisième année». La circoncision est aussi une fête. Le cérémonial commence le matin avec la préparation des mets à base de pâte de farine ou semoule ainsi que les verres de lait et les plats de dattes qui seront présentés d’abord au hejjam puis aux invités par la suite. Jadis les mamans portaient ce jour là le « Khalkhale», un anneau à cheville, alors qu’on entoure le pied droit de l’enfant par un nœud avec «Oudaâ», petit médaillon d’argent et une «Koumissa» remplie de peu de «Hantite», «Fasoukh», «Oum ennass» et sel. On met aussi du henné aux pieds et mains de l’enfant. Une fois l’enfant bien cicatrisé, on le prépare pour la tournée à dos de cheval. Pour la circonstance, on opte pour un cheval docile loué à 200 ou 300 DH. Le circoncis reste la vedette du cérémonial. Il est vêtu pour la circonstance en costumes traditionnels souvent un Burnouss, une djellaba blanche ornée de fils dorés en plus du tarbouche et des babouches. Une fois habillé de la sorte, on l’aide à monter un cheval joliment pavoisé, avec l’assistance d’un parent adulte : souvent son père. Commence alors la parade pour sillonner quelques rues avoisinantes. Les youyous, les battements des tambours et les sonorités des instruments à vent emplissent l’atmosphère de joie. Le but étant de faire oublier à l’enfant la douleur de l’excision et de surcroît l’intégrer aux groupes d’hommes qui défient la douleur. La circoncision est aussi une opportunité pour des solidarités sociales. Plusieurs associations caritatives et délégations ministérielles à fibres sociales organisent des journées de circoncision collectives au profit des familles nécessiteuses. Ils se chargent aussi des soins postopératoires. De telles campagnes gagnent l’adhésion des médecins, chirurgiens, infirmiers et pharmaciens qui n’hésitent pas à apporter leur soutien. De leurs côtés, plusieurs bienfaiteurs se chargent de l’achat des médicaments pour soins post-excision du prépuce. De telles actions ont concerné plus de 5800 enfants au niveau de l’Oriental en 2009. Au-delà de sa dimension mystique, la circoncision est une intervention par laquelle on enlève le prépuce. Cela a pour but d’éviter l’accumulation, autour du gland, du smegma : substance blanche sécrétée par les glandes sébacées du prépuce. Elle est aussi conseillée en cas de phimosis (malformation du prépuce qui est trop serré autour de l’organe mâle).

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