Clint Eastwood revisite l’Amérique des années 20

Clint Eastwood revisite l’Amérique des années 20

Chaleureusement accueilli sur la Croisette en mai, «L’échange» est un ambitieux film-fleuve (2H21) où Angelina Jolie trouve à 32 ans son meilleur rôle, celui d’une mère-courage dans l’Amérique sexiste des années 1920. Produit et réalisé par Clint Eastwood qui en signe aussi la musique, le film s’inspire d’un fait divers sur lequel l’acteur-réalisateur né en 1930 et quatre fois oscarisé, s’est documenté.
Angelina Jolie y est Christine Collins, une standardiste et mère célibataire dont l’enfant âgé de neuf ans, Walter, disparaît à Los Angeles un jour de 1928 alors qu’elle est au travail. Cinq mois plus tard, la police lui ramène un garçon qui prétend se nommer Walter Collins mais n’est pas le sien.
Christine tente alors de faire éclater la vérité, mais une police corrompue, habituée aux méthodes musclées, décide de redorer son blason en bouclant l’affaire et enferme la mère rebelle en hôpital psychiatrique. Un prêtre charismatique (John Malkovich) puis un avocat déterminé viennent à son secours et l’affaire rebondit avec l’arrestation d’un assassin d’enfants…
Après avoir fouillé un épisode peu glorieux de la Seconde guerre mondiale dans son diptyque «Mémoires de nos pères» (2006) et «Lettres d’Iwo Jima» (2007) qui confrontait les mémoires collectives des deux belligérants, Etats-Unis et Japon, Clint Eastwood revient à un conte tragique aux accents sociaux.
De facture hollywoodienne classique avec son récit linéaire et ses scènes de bravoure à la dramatisation appuyée, «L’échange» impressionne par sa peinture des injustices produites par la société américaine des années 20. Il met en lumière le traitement réservé aux classes populaires et particulier aux femmes et aux enfants, faibles parmi les faibles, par les institutions policières, judiciaires ou psychiatriques.
Police, justice, prison et surtout hôpital où camisole de force, drogue et électrochocs font office de traitement, sont des machines à broyer toute rébellion sociale autant que des institutions démocratiques, nous dit Clint Eastwood.
«J’aime remettre les choses en cause, ce genre d’histoires ne peut que m’intéresser car elle recèle beaucoup de conflits», avait-il affirmé à la presse internationale réunie à Cannes. La maltraitance des enfants, magistralement évoquée dans son conte tragique «Mystic River» (2003) qui mettait en scène des victimes de pédophilie, affleure aussi dans «L’échange».
Le cinéaste, récompensé en mai par un prix spécial du 61e Festival de Cannes pour l’ensemble sa carrière, avait indiqué n’avoir «pas envie de raconter des histoires à l’eau de rose». «J’adore raconter des histoires, et quand j’ai commencé à réaliser il y a 38 ans, je pensais faire cela juste quelques années mais de fil en aiguille, j’ai continué», avait aussi confié Clint Eastwood.
«Je suis allé à un hommage hier à Manoel de Oliveira qui a cent ans et je me suis dit, ‘Je suis un gamin, moi… j’ai encore vingt ans !’», avait-il lancé.
Clint Eastwood était reparti bredouille, cinq ans auparavant, avec le beau «Mystic River», où jouait Sean Penn qui présidait le jury cannois cette année.

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