Coeurs sans corps : une libération

Coeurs sans corps : une libération

Des corps qui se tortillent, des visages aux expressions fermes, des mouvements tantôt synchronisés, tantôt rapides. C’est ainsi que s’articule la pièce chorégraphique «clandestins, cœurs sans corps» de la compagnie de danse marocaine Anania. Cette troupe créée en 2002 par l’initiative de trois groupes de jeunes et à leur tête Taoufik Izzediou, s’est installée depuis plus d’une semaine à Salé.
L’équipe a investi une des salles de l’école du cirque de cette ville. Une école, qui joue un rôle associatif en encadrant les enfants de la rue et en leur disposant de temps en temps des formations aux métiers du cirque. Aujourd’hui, cet espace d’habitude assez calme abrite pour deux semaines la résidence d’artistes de la compagnie Anania.
L’équipe s’entraîne à longueur de journée pour roder ce spectacle crée en 2004. « Cette pièce chorégraphique a été composée, il y a deux ans, et nous continuons toujours jusqu’à présent à développer le spectacle”, explique Taoufik Izzediou. “Clandestins, cœurs sans corps” a en effet connu plusieurs cycles. Il y a toujours un nouvel élément qui vient ajouter son savoir-faire à ce spectacle. Parti sur la base de l’idée de la clandestinité, le fondateur de la compagnie accompagnée d’une autre membre essentielle, Bouchra Ouizguen, conseille les interprètes. Ces derniers sont libres de donner leur avis sur tel ou tel mouvement tout en respectant le noyau. “Nous formons une famille et nous nous exprimons librement, Taoufik ne nous impose rien, il faudrait qu’on soit tous convaincus d’une idée”, déclare la danseuse Amal Naji.
Le spectacle en préparation pour une avant-première le 16 mars à Marrakech prend son essence dans les mouvements de danse contemporaine où le corps est seul maître à bord. Cependant, si “Clandestins, cœurs sans corps” est fidèle à l’esprit de ce style de danse encore balbutiant au Maroc, la compagnie dote la pièce d’une touche originale qui lui est propre. Dans le souci de créer une pièce à l’identité marocaine, l’équipe composée d’une quinzaine de personnes, a intégré un objet du terroir : « la derbouka » en terre cuite. Cet outil est essentiel dans la chorégraphie. Munis de cet objet, symbolisant la terre, la nation, les interprètes sonnent le commencement de la pièce en y tapant fort et en même temps. Tout au long du spectacle, la derbouka sera malmenée, maltraitée, et finira par se briser vers le dénouement. Cette déchirure est ressentie à travers la pièce. Se projetant chacun dans ce qu’il a mal vécu, les interprètes se défoulent sur scène. “L’idée, c’est d’exprimer comment chacun vit sa clandestinité chez soi”, souligne Taoufik Izzediou.
Une idée à laquelle adhérent tous les danseurs. Les filles qui interprètent la pièce sont dans leur élément. La danse est pour eux une catharsis. “Depuis que je fais partie de cette compagnie, je sens un changement positif à l’intérieur de moi, cette évolution me rend heureuse, même si plusieurs personnes dans mon entourage ont du mal à accepter ce que je fais, je me sens incomprise”, explique Meriem Houguig. Celle-ci n’est pas la seule à vivre cette incompréhension, la plupart de ses collègues vivent la même situation. Elles sont obligées de cacher leurs visages, de mentir parfois, car la danse contemporaine est encore mal perçue. « Danser avec son corps est encore tabou au Maroc, dans l’imaginaire collectif, danser en public, c’est mal vu » explique une autre danseuse. Pour l’instant, le temps d’une résidence d’artistes, tout le monde oublie ces tracas, ces incompris. Les corps fusionnent avec les cœurs.

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