Consécration : Abdelmjid R’chich : trêve de discrétion

Consécration : Abdelmjid R’chich : trêve de discrétion

Une grande sérénité jaillit des yeux de Mjid R’chich ! Ce réalisateur né en 1942 à Kénitra travaille paisiblement, sans créer de bruit autour de ses projets de films. C’est cette même tranquillité qui finit par séduire d’abord son environnement proche et ensuite ses collègues, des cinéastes de la même génération. « Mjid R’chich est loin d’être un « m’as-tu vu ». Il a toujours préféré réaliser ses œuvres en calme et en paix », souligne le cinéaste et producteur Mohamed Lotfi. Le 27 novembre 2005, R’chich a surpris encore une fois.
Agréablement. « Les ailes brisées », son deuxième long-métrage après «Histoire d’une rose » en 2000, a été salué par une grande partie des cinéastes et des producteurs. « J’ai été agréablement surpris de cette consécration ! R’chich la mérite. Durant sa longue carrière, il a réalisé des œuvres à succès », ajoute Lotfi. Par ailleurs, ce kénitréen n’est pas de ceux qui aiment les mondanités. Il fait de son mieux pour éviter les manifestations où se mêlent des gens venant de divers horizons.
Cette  attitude n’est pas synonyme d’antipathie, mais   bel et bien la force de caractère qui distingue ce réalisateur. Son parcours typique ou atypique, comme diront certains, prouve que R’chich ne dort pas sur ses lauriers. Il est en éternelle construction d’une carrière qu’il veut fructueuse. Après avoir été directeur technique du Centre cinématographique marocain (CCM) en 1978, ce réalisateur crée une entreprise de production nommée PUMA production. Sa mission au CCM consistait, entre autres, à gérer le laboratoire du CCM, « un travail assez ingrat » pour lui.
On est en 1987 lorsque le réalisateur a du mal à gérer plusieurs difficultés au sein du CCM faute de moyens. « Ce n’était pas toujours évident d’avoir autant de responsabilités, à l’époque les aides étaient minimes », déclare le réalisateur. C’est ainsi qu’il décide de se reposer sur ses propres moyens et de fonder une entreprise à lui. Mais chaque expérience possède ses avantages et ses inconvénients. « Les associés se sont désengagés en 1993 et les clients ne payaient pas leurs charges, on était contraints de fermer boutique », explique-t-il avec un brin d’amertume. Mais cette amertume n’a pas empêché R’chich de poursuivre son chemin doucement.
L’homme en question n’est pas pressé. En témoigne sa filmographie qui comporte uniquement deux longs-métrages en compétition, «Les ailes brisées» produit en 2004 étant le second de cette courte série. Mais pour R’chich, cette absence de la catégorie long-métrage se justifie par sa propre démarche et sa conception du cinéma. « Pour réaliser des longs-métrages, cela nécessite beaucoup de temps, c’est un travail de longue haleine », explique-t-il. Et d’ajouter : « c’est pour cette raison que les gens ont pu remarquer une certaine absence de la scène cinématographique.
Et je n’en veux qu’à moi-même ! ». Bref, il ne veut pas crier sur tous les toits sa difficulté à réaliser de longs-métrages. Mais si R’chich est plutôt réservé, d’autres n’hésitent pas à s’exprimer et à le défendre à sa place. « C’est une question de manque d’opportunités » tranche un cinéaste de la scène. Mjid R’chich révèle néanmoins qu’il a été présent dans les courts-métrages et les documentaires qui ont été produits par la RTM. « Je n’arrête pas de travailler. Si je n’ai réalisé que deux longs-métrages dans toute ma carrière c’est que ce n’est pas toujours évident ». Mjid R’chich évoque sa façon de traiter les scénarios de films : « je suis quelqu’un qui n’avance pas rapidement sur les scénarios ». Sur la question du réalisateur aux multiples casquettes, Mjid R’chich déclare qu’il faudrait qu’il y ait plus de spécialisation. La création d’une école publique de cinéma s’impose à cet effet.
« Aujourd’hui, il n’y a même plus de bourses qui sont octroyées pour aller se former ailleurs aux métiers de cinéma ». Pour R’chich, il serait temps de créer une véritable école chez nous où l’on fera appel à des réalisateurs  marocains chevronnés. « II y a de nombreux réalisateurs qui peuvent assurer cette mission », déclare un R’chich rassurant. Fidèle à lui-même.

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