Critique de l’Islam : Un genre littéraire

«Critique l’Islam et tu vendras, tu deviendras célèbre !» C’est le mot d’ordre que se sont donné un nombre d’écrivains qui ont haussé la critique et l’insulte de l’Islam au rang de genre littéraire. L’écriture pour eux se confond avec l’outrage d’une religion. Le dernier en date a déjà défrayé la chronique, et a réalisé des ventes substantielles grâce à ce procédé. Il s’agit de l’écrivaine bengalie Taslima Nasreen à qui le journal «La Monde» a consacré un article dans son édition du 31 août. Ce papier, surprenant à tous égards, est truffé de citations de l’intéressée. Taslima Nasreen qui vit en exil -un exil doré- se plaint du fait que son troisième livre, «Rafale de vent», a subi le même sort au Bangladesh que les livres précédents. C’est-à-dire qu’il a été interdit par le gouvernement de son pays d’origine. Mais les termes dans lesquels elle se plaint sont très instructifs de l’usage qu’elle fait de l’Islam. «Il n’y a pas de liberté d’expression au Bangladesh.
Personne n’a le droit de critiquer l’Islam. À chaque fois que je donne mon opinion sur l’Islam, je suis accusée de blasphème », dit-elle. Il faut faire un sort à ces deux phrases. Celle qui les a formulées est un écrivain, une femme de lettres, censée écrire des livres littéraires. Mais tout porte à croire que l’écriture se résout pour elle à la «critique de l’Islam». Est-ce là un nouveau genre littéraire ?
On est fondé de le penser, mais un genre creux, sans qualité esthétique, reposant sur le scandale. L’oeuvre n’est rien, le sujet étant le tout. Cette façon de faire est naïve, facile, irresponsable et dangereuse. Elle excite gratuitement les haines, enracine les préjugés. Elle est surtout significative du très peu d’intérêt des écrits de ceux qui y recourent. Il n’y a aucun mérite à noircir du papier avec des invectives.
L’auteur de l’article sur Taslima Nasreen prend parti pour elle. Il salue «son combat contre l’Islam». La formule est surprenante. Dit-on poursuivre un combat contre le christianisme ? L’expression est vide de sens lorsqu’il s’agit de la littérature. Elle n’a de sens que lorsqu’on parle de guerre des religions. Celui qui l’utilise a hérité de terribles archaïsmes verbaux.
L’écrivaine poursuit : «Mon intention n’est pas d’écrire contre l’Islam, mais de dire la vérité». Mais cette vérité se confond avec la critique de l’Islam! Elle ajoute : «C’est aussi le véritable Islam qui est contre la démocratie, la liberté d’expression, les droits de l’Homme et les droits des femmes. Nous avons à combattre l’Islam pour créer une société dans laquelle les femmes obtiendront égalité et justice». Quel souffle ! On dirait le réquisitoire d’un militant des droits de l’Homme et non pas d’un écrivain. Parce que dans le fond, c’est ce dérapage, encouragé par certains Occidentaux, qui est dangereux. La littéralité, à défaut de littérarité, des propos de Nasreen est à l’image de cette surenchère dans la virulence du ton contre une religion. Que cette femme soit un écrivain, cela est très peu probable. Aucun écrivain digne de ce nom ne peut répandre ses jérémiades sur un sujet qui ne peut loger dans un ouvrage littéraire que lorsqu’il subit d’autres traitements. En disant cela, il ne s’agit pas de défendre l’interdiction du livre de cette femme, mais de constater une nouvelle tendance dans l’édition en Occident. Car, bien entendu, chacun est libre de sa foi, de sa vie.
Et l’interdiction d’un livre, au nom de la religion, de la morale, de la politique ne peut se justifier. Là n’est pas la question, mais lorsqu’un écrivain, censé être coriace, rageur dans son face-à-face avec les mots se plaint en des termes d’une naïveté accablante contre l’interdiction de son livre dans un pays où la majorité de la population est analphabète, c’est qu’il cherche autre chose.
Il espère un autre scandale pour doper les ventes. La formule a été rendue célèbre par la stupide fatwa contre les «Versets sataniques» de Sulman Rushdie. L’indignation de cette fatwa a complètement relégué au second-plan les qualités littéraires du livre : un fatras de considérations cabalistiques illisibles. L’écrivain français Michel Houellebecq a très bien compris les mécanismes de starisation et de vente des livres. Son roman «Plateforme», qui traite du tourisme sexuel en Thaïlande, est truffé de citations injurieuses à l’égard de l’Islam et des musulmans. La sortie de ce livre a été accompagnée par un entretien de l’intéressé publié dans la revue «Lire».
Dans cet entretien, Houellebecq insiste sur sa haine pour la religion musulmane.
«La religion la plus con, c’est quand même l’Islam» dit-il. Il ne lui a pas suffi de dire plus pour que le vent du scandale souffle de son côté, et que les ventes suivent. Littérairement, Houellebecq ne vaut pas pourtant certains romans qui se vendent dans les kiosques des gares de son pays, et que les hommes lisent dans la solitude des toilettes… L’on sait pourtant que le sujet n’est rien dans la littérature, et que le scandale est passager. Seule l’oeuvre reste. Où sont les mannes de Flaubert, Kafka ou Faulkner ?

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