Dans sa collection «Nostalgie de la vie» : Aziz Tounsi dépeint des objets qui marquent l’identité marocaine

Dans sa collection «Nostalgie de la vie» : Aziz Tounsi dépeint des objets qui marquent l’identité marocaine

Afin de réaliser ses œuvres, l’artiste a notamment  eu recours à l’école surréaliste. Selon ses dires, c’est l’une des plus difficiles en art dans le monde. Il s’en est inspiré parce qu’elle abonde dans le sens de l’intitulé de sa collection.

L’éminent artiste-peintre marocain Aziz Tounsi vient de concevoir une collection de toiles intitulée «Nostalgie de la vie». Après en avoir exposé récemment une partie au 2ème festival national de Khénifra qui célèbre le patrimoine marocain, il révèlera une autre lors de la célébration de la journée mondiale de l’art au Maroc. Une manifestation internationale qui sera également fêtée le 5 avril à la galerie Bertuchi à Tétouan, le 6 avril à la galerie Nadira à Rabat et le 20 avril à la galerie Kacimi à Fès. «Ma participation sera une continuité de celle à Khénifra où je me suis inspiré du patrimoine de la région», précise l’artiste.

Une collection résultant de recherches

A propos de sa collection «Nostalgie de la vie», Aziz Tounsi indique que celle-ci est le résultat d’une recherche sur l’humain. Le tout en introduisant des éléments qui impactent le quotidien des Marocains. «Actuellement il y a une transition intellectuelle entre une tranche d’âge des années 60 et celle actuelle. Cette transition a un impact soit positif, soit négatif sur le quotidien», explicite-t-il. Pour étayer ses propos, l’artiste-peintre établit une comparaison entre le passé, lors duquel l’être humain était simple, et les temps actuels. Comme il le rappelle dans ce sens, les jeunes sont de nos jours différents. Ils sont impactés par l’Occident et se détachent de l’identité marocaine. «Il est de notre devoir en tant qu’artistes  de mettre ce patrimoine à disposition pour devenir un vécu. Nous devons le documenter», estime Aziz Tounsi.

Des objets à forte connotation marocaine

Pour concevoir ses toiles, l’artiste-peintre a eu recours à des objets qui ont marqué le quotidien des compatriotes. «Il s’agit d’outils qui servaient à communiquer et permettaient de véhiculer des messages», détaille Aziz Tounsi. Dans ce sens, il donne l’exemple d’une sandale fort appréciée par les deux sexes en période estivale pour son côté pratique à la nage. «Je l’ai introduite dans une œuvre composée d’une série de 4 toiles. En fait, j’ai essayé de démontrer les étapes de l’impact de cette sandale sur les Marocains dans toutes les saisons. En hiver, celui qui la porte souffre de froid, c’était un signe de pauvreté. Mais en été, elle est chaussée fièrement», décortique l’artiste. Aussi, il donne l’exemple d’une toile meublée d’une théière et de kif. «C’étaient des objets utiles pour accompagner le baroud et les armes lors des rencontres de résistants au colonisateur qui était contre les zaouiyas. Les Marocains à l’époque ont donné l’idée par le thé et le kif que leurs rencontres étaient destinées à l’animation et non aux plans de résistance. C’était un intelligent de la part des Marocains», ajoute-t-il. L’artiste-peintre a également conçu une toile garnie d’un musicien dont l’instrument est à cordes déchirées et d’une bouteille de vin. «Cette œuvre exprime la pensée de certains qui estimaient que le fait d’écouter la  musique était un acte illicite à une époque», enchaîne Aziz Tounsi. Il a, de plus, réalisé une œuvre appelée «Naissance handicapée» pour exprimer davantage le détachement de certains qui étudient dans des écoles étrangères et communiquent en dialecte marocain et en langues vivantes à la fois. Aussi, le fait d’écouter les chikhates et Al Aita est un signe de mentalité acculée alors que c’est un moyen de résistance comme il le rappelle. L’artiste évoque, de même, la lanterne qui a une histoire alors qu’elle  sert actuellement de décor. «C’était plutôt un moyen de communication», remonte-t-il. De surcroît, Aziz Tounsi met en valeur un autre produit, à savoir la boîte d’allumettes. «Ma fille de 18 ans n’a pas reconnu cet objet. Dedans il était inscrit en achetant les produits marocains vous contribuerez à l’économie du pays», raconte-t-il. De plus, le port de la djellaba marocaine et des babouches est devenu saisonnier alors que c’était notre aspect vestimentaire original. «Nous devons en être fiers», indique-t-il.

Inspiration surréaliste

Afin de réaliser ses œuvres, l’artiste a également  eu recours à l’école surréaliste. Selon ses dires, c’est l’une des plus difficiles en art dans le monde. Il s’en est inspiré parce qu’elle abonde dans le sens de l’intitulé de sa collection. «Pour documenter un patrimoine original, c’est une aventure réussie», poursuit-il. Quant aux couleurs, elles sont, selon ses dires, de la terre. De quoi rappeler l’origine humaine. «La gamme des ocres est l’origine de l’inspiration du Marocain. J’ai essayé de travailler sur cela dans toutes les toiles», ajoute l’artiste. Pour lui, l’identité marocaine est marquée par un esprit, une touche en termes de couleur, méthodologie et expression spirituelle avec simplicité. «C’est par cela que je me distingue puisque j’aborde des sujets qui sont issus de la société marocaine. C’est pour la première fois qu’un artiste tend à révéler une partie du patrimoine omise par l’intellectuel marocain», avance-t-il.

Projets de l’artiste

Outre cette recherche dédiée à «Nostalgie de la vie», l’artiste, qui a fait d’autres, préparera un petit ouvrage pour interpréter certaines œuvres de cette collection. Cette publication comprendra également des témoignages de personnes qui ont connu  l’époque des années 60, 70 et 80. «Pour concevoir cette collection, j’ai fréquenté ces générations ainsi que la mienne, voire des résistants, sociologues et profs», détaille-t-il. Et ce n’est pas tout. La recherche de l’artiste, qui réalisera d’autres toiles sur le sujet, continue. «A travers ma recherche je documente aussi mon propre langage artistique», indique-t-il. Aussi, l’artiste organisera une exposition individuelle de plus de 40 toiles sur «Nostalgie de la vie». «Ce sera une première émission de ces œuvres», révèle-t-il.

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