Dans toutes mes pièces performatives, je mêle la question de l’intime à celle du politique

Dans toutes mes pièces performatives, je mêle la question de l’intime à celle du politique

ALM: Vous présentez votre spectacle «Valeska and you» mardi prochain, parlez-nous de ce spectacle…

Annabel Guérédrat: Mardi 9 décembre, à l’espace Darja, je partagerai une étape de travail de ma prochaine création prévue pour 2015 en Martinique qui s’appelle «Valeska and you». Ce n’est donc pas un spectacle que vous verrez mais bien une étape de travail comme un partage du sensible, associé à une discussion avec ceux qui viendront, sur ma recherche actuelle.
Le titre «Valeska and you» fait référence à Valeska Gert : la danseuse cabaretière grotesque berlinoise des années 1920. Elle disait d’elle-même: «je suis une sorcière». Elle était une danseuse très subversive pour son époque, les années 1920, les années folles, à la veille de la crise de 1929 et en 1933, de la montée au pouvoir du parti national socialiste en Allemagne. Ou encore mon rapport avec Valeska. Soit une manière de questionner, voire d’exploser le mythe identitaire pour aller vers une post-identité ou une désidentité de soi et de l’autre.

Quelle a été votre inspiration pour ce spectacle ?

Aujourd’hui, en 2014, je remets Valeska Gert au goût du jour, m’inspirant surtout d’elle en qualité de femme artiste, d’outsider, de rebelle par rapport au monde bourgeois, déjouant aussi à son époque les règles de la danse conventionnelle. Valeska Gert n’avait pas peur de se tourner en ridicule. Elle était en autodérision en permanence. C’était sa force et sa vulnérabilité à la fois.

Que souhaitez-vous susciter chez les spectateurs à travers cette création ?

Je souhaite questionner chez les spectateurs les limites de la représentation et cet espace du milieu que j’appelle espace performatif avec un potentiel d’action gigantesque. Cet espace dit de la transformation existant à travers le corps du performer qui lui-même se déplace dans son «corps du milieu» en Body Mind Centering. Aussi je réinterroge aussi ma danse pour en faire une danse sensible, vivante, détonante, déroutante, m’engageant totalement (mon corps, ma voix, ma musicalité, mon rythme, mon énergie), pour provoquer ensuite le dialogue avec le public.

Vous avez interrogé plusieurs thématiques dont le genre féminin et le pouvoir, parlez-nous de ces thématiques dans vos divers projets…

Depuis 4 ans, je travaille sur la question du corps politique de la femme noire et métisse : partant d’un corps invisible, par la prise de parole et une expression libre et totale, le rendre de nouveau visible. En juin 2010, j’ai créé «A freak show for S.», solo en hommage à la Vénus Hottentote, ladite Vénus Noire, Sarah Baartman, solo qui continue à tourner dans le monde entier. Puis en 2012-2013, j’ai créé un dyptique, «Women, part one in Rio de Janeiro» et «Women, part two : you might thnik i’m crazy but i’m serious», un duo et un trio dédiés aux questions féministes noires autour de cette poétesse lesbienne noire américaine extraordinaire, aujourd’hui décédée, Audre Lorde ; l’érotisme comme puissance chez des femmes Noires ; la sororité entre femmes Noires ; le principe du plaisir ; la colère chez des femmes noires, non pas pour culpabiliser mais comme chirurgie réparatrice. En mars 2014, après un an d’ateliers auprès de femmes en prison et de femmes violentées en Martinique, j’ai créé «A woman», autour de la figure d’une femme «doubout», expression créole martiniquaise pour désigner une femme qui se tient debout, qui prend ses responsabilités et s’assume à tous les niveaux de la vie. Aujourd’hui, revenant de deux semaines de résidence au Ballhaus Naunynstraße à Berlin, je viens de réaliser un workshop avec 6 jeunes femmes noires, soit afro-allemandes, soit Noires des Etats-Unis ou du Brésil, lequel workshop intitulé «Colored women in a white world», se situe dans le cadre du festival «We are tomorrow». Dans toutes mes pièces performatives, je mêle la question de l’intime (qu’est-ce qu’être une femme, noire, dans le monde d’aujourd’hui ?) à celle du politique (en précisant les contextes qui m’inspirent).

Quels sont vos projets d’avenir ?

Mes projets d’avenir sont pour 2015-2016 : La première de création et la diffusion de «Valeska and you», duo avec un  batteur, en Martinique et ailleurs, La création d’un «Women, part 3 in Berlin», nouvelle performance afropunk, à partir du workshop «Colored women in a white world» et de sa présentation au Ballhaus Naunynstraße à Berlin. Parmi mes projets, l’ouverture d’un chantier de recherches avec le plasticien Guadeloupéen Henri Tauliaut, autour de deux corps performatifs, féminin et masculin, investissant les espaces publics.
 

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