De la médecine à la gauche extrême

De la médecine à la gauche extrême

Les apparences sont trompeuses. L’homme aux cheveux blancs qui présidait, à la mi-février 2006, le deuxième congrès de son parti à Bouznika est à peine âgé de 46 ans. Il a aussi la particularité de ne pas faire partie de la «secte» des avocats qui dirigent généralement les partis politiques. Mais aussi de ne pas faire partie des hommes politiques qui ont élu domicile dans l’une des capitales du Maroc, tout près des lieux de pouvoir. Mohamed Moujahid, lui, est gynécologue et il a choisi la ville de Settat pour y exercer et y résider.
Ses camarades affirment que ses origines campagnardes doivent y être pour quelque chose. Mais aussi les différentes villes où il lui est arrivé de séjourner.
M. Moujahid a vu le jour, trois ans après l’Indépendance du pays, dans une localité appelée Qlayaâ dans les environs de Ghfsaï. Les Qeliîs sont d’ailleurs connus pour leur sérieux, leur honnêteté et leur rigueur. Celui qui allait devenir patron du PSU a appris tout cela d’un père célèbre pour son rôle dans la résistance à l’occupant et d’une mère qu’il chérit plus que tout au monde. Après le primaire à Qlayaâ, localité où il neige en hiver et où il ne fait pas bon vivre en été, il part à Tétouan où il passera encore deux ans avant d’atterrir à Meknès où il obtient son Bac. «Une époque formidable», affirme-t-il avec beaucoup de nostalgie.
Amoureux de la Taktouka jabaliya, il va changer de cap et goûter aux chansons révolutionnaires de cheikh Imam. Car, après Meknès, Mohamed Moujahid débarque à Rabat et intègre l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc) après avoir réussi ses examens d’entrée à la Faculté de médecine. Il milite notamment au sein du mouvement radical des basistes sans oublier de se consacrer à ses études.
Début des années 1980, M. Moujahid fait l’expérience de la détention politique. En 1984, il est condamné à huit mois de prison après les événements de cette époque à Rabat et Marrakech. Il s’habituera aux dédales de la prison de Laâlou et fera aussi la connaissance de quelques figures de proue de la gauche marocaine. Ces derniers étaient confinés dans quelques cellules au moment où Abdeslam Yassine se la coulait douce en cellule single, se souvient un camarade de Mohamed Moujahid. Ce dernier, maturité politique aidant, commence à prendre ses distances avec le courant basiste à l’université. «A l’époque, nous étions convaincus que l’on pouvait changer le monde», déclare M. Moujahid. Vers la fin des années 1980, il est parmi les militants qui allaient donner naissance au mouvement des «démocrates indépendants». Il finira d’ailleurs par être désigné au poste de coordinateur de ce mouvement.
Auparavant, il fera de nouveau l’expérience de la prison. Pour une sombre histoire de personne recherchée pour son activisme politique, Mohamed Moujahid est arrêté et séjournera pendant près d’un mois au sinistre centre de détention de Derb Moulay Chérif à Casablanca. C’était en 1987, affirme-t-il d’une voix où l’on ne décèle la moindre rancœur. Quelque temps après, le jeune Moujahid est signalé du côté d’Aousserd à quelques dizaines de kilomètres des frontières algérienne et mauritanienne. Après ses études, le militant de gauche se consacre à son service militaire obligatoire. Les 10 mois qu’il a passés à Aousserd (le reste, huit mois, dans différentes villes) sont pour lui une «époque formidable». «C’était une époque très riche et je garde beaucoup d’estime pour les militaires et l’armée», explique-t-il.
L’incorrigible militant reprend les dessus et Mohamed Moujahid est parmi les membres actifs du syndicat de la santé affilié à la CDT.
Parallèlement à son travail, il continue à œuvrer pour le rapprochement des militants de la gauche. Le rêve se réalisera avec l’unité de quatre mouvances de gauche, dont les «démocrates indépendants», avec l’OADP (Organisation de l’action démocratique et populaire) de Mohamed Ben Saïd Aït Idder et qui va prendre l’appellation de la Gauche socialiste unifiée (GSU). Il sera d’ailleurs l’un des quatre secrétaires généraux de cette formation qui finira par prendre le nom de Parti socialiste unifié. Le deuxième congrès de ce parti est marqué par le ralliement de «Fidélité à la démocratie», les ex-amis de Mohamed Elyazghi qui ont choisi de ne pas faire partie du Congrès national ittihadi de Abdelmajid Bouzoubaâ et Noubir Amaoui. Le dernier congrès apporte encore un autre sacre à Mohamed Moujahid dont le courant remporte plus de 74 des voix. Ce courant est sorti indemne de bien des «tempêtes» et notamment les retombées des réunions de l’été dernier avec des responsables de l’Etat.
Etape sur laquelle Mohamed Moujahid porte un regard des plus sereins. Pour lui, il est politiquement incorrect de vilipender des responsables d’un parti qui vont à la rencontre de responsables étatiques pour écouter et se faire écouter.
D’ailleurs, relèvent les camarades de M. Moujahid, ce dernier ne prend jamais de décisions unilatérales. Il ne décide de la marche à suivre qu’après consultation des siens. «C’est un homme d’équilibre, de consensus et qui s’exprime toujours au nom de la majorité», dit de lui un vieux camarade. Le secrétaire général du PSU a également ceci de particulier qu’il reste fidèle aux documents de base de son parti qu’il connaît sur le bout des doigts. Le politique garde encore quelques réflexes du bon étudiant qu’il fut. Des réflexes, mais également des goûts. Mohamed Moujahid aime l’huile d’olive, mais préfère surtout les olives marinées que prépare sa maman. «Je ne suis pas gourmand, mais j’aime le poisson», déclare-t-il en affirmant que la politique fait perdre parfois le goût des choses. En plus de la politique, de la gestion des querelles des camarades, du travail, M. Moujahid aime se consacrer à sa petite famille et à ses enfants : Oumaïma, Ali et Rim. Quand il trouve un peu de temps, il renoue avec ses vieilles amours de la musique : Nass el Ghiwane, Marcel Khalifa, Fayrouz, Abdelhadi Belkhayat et Najat Saghira. Il n’en aura pas le temps ce samedi de toutes les manières. Le conseil national du PSU se réunit pour élire le bureau politique et le secrétaire général du parti.  

Un S.G pour le PSU
C’est ce samedi, soit deux semaines après le congrès de Bouznika, que les membres du conseil national du PSU se retrouvent à Casablanca pour l’élection d’un bureau politique et d’un secrétaire général. Mohamed Moujahid, dans une déclaration à ALM, affirme qu’il n’est pas partant pour un nouveau mandat. Des sources du PSU affirment, pour leur part, qu’il n’a pas de challenger et qu’il sera appelé à rempiler. Le règlement au PSU veut que les membres du bureau national soient élus par listes. Chaque courant parmi ceux qui ont obtenu un nombre de voix le leur permettant, présente la sienne. Le bureau politique sortant était composé de 27 membres. Il serait question de réduire ce nombre lors de la rencontre de ce samedi.

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