De toutes les couleurs : y a-t-il une peinture marocaine?

De toutes les couleurs : y a-t-il une peinture marocaine?

De plus en plus de galeries, de collections, de collectionneurs et de peintres célébrés. On bat régulièrement des records aux ventes aux enchères. Dans ce nouveau contexte, il est, à mon sens, temps de se reposer les questions que s’étaient posées les artistes de la toute première génération après le protectorat: Y a-t-il une peinture marocaine ? Sinon, que devrait-elle être ?
On pourrait même s’en poser de nouvelles : est-ce nécessaire aujourd’hui de définir une peinture typiquement marocaine ? Et pourquoi faire ?
La première génération de peintres marocains avait essayé de se démarquer de l’influence de la peinture française, ou peut-être plutôt de la «peinture française du Maroc» -je pense à Delacroix, Matisse, Majorelle… Y sont-ils arrivés ? Aujourd’hui, on dit qu’il n’y a que des peintres marocains et pas de peinture marocaine. Devrait-on s’interroger sur les matériaux utilisés ? Les sujets abordés ? Les techniques?
Est-ce le henné sur du cuir ? Les souks et ruelles des Casbahs ? Est-ce la peinture naïve ? Les femmes et les hommes en djellabas ? Les scènes de chasse au lion de l’Atlas ? Les motifs des tapis que Delacroix comptait parmi les plus belles peintures qu’il ait jamais vues ? Est-ce la représentation des cortèges royaux ou de la «bay’a» ? Est-ce la peinture dite orientaliste –l’Orient en tant qu’esthétique et non en tant que lieu?
Au Canada par exemple, les deux sujets dominants sont les peintures paysagistes et animalières. Les matériaux utilisés sont ceux qu’on trouve partout ailleurs dans le monde. Mais est-ce cela la peinture canadienne ?
Côté technique, on n’a pratiquement rien inventé qui soit typiquement marocain. Presque toutes les techniques que la peinture marocaine emploie aujourd’hui sont connues depuis longtemps. Pour tenter de trouver une réponse, suffit-il d’analyser les œuvres des plus éminents peintres marocains, passés et présents ? Je pense qu’il est plus sage d’éviter les complexes images d’esprit et les langages inaccessibles à la majorité des gens, et qui font croire qu’on a répondu à cette question. La question est très claire et une réponse claire existe dans l’air. A mon avis, la manière la plus efficace d’y répondre est de la poser aux intellectuels et plus spécialement aux universitaires. Que ces derniers proposent des thèses de recherche doctorale sur le sujet et que ces projets soient supportés et financés par le ministère de la Culture –pourquoi pas par des organismes privés aussi, tant qu’il n’y a pas de risque de conflit d’intérêts ?
Ainsi, dans cinq ou six ans, quelques éléments de réponse seront certainement disponibles. Et ce ne sera que le tout début d’une nouvelle ère. Celle où on pourra définir et juger la peinture marocaine par rapport à elle-même au lieu de continuer à prendre Paris ou New York comme références.

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