Des Festivals et des Hommes

Derrière chaque festival réussi au Maroc, il y a un homme. Une passion. Une volonté. Personne ne peut nier le succès de cinq festivals dans notre pays. Le festival culturel international d’Assilah, le festival des musiques sacrées de Fès, le festival gnaoua, musiques du monde d’Essaouira, le festival de jazz de Tanger (Tanjazz) et le festival mawâzine rythmes du monde de Rabat. Chacune de ses manifestations a une identité qui la démarque des activités culturelles qui ne reposent ni sur une réflexion préalable, ni sur un concept fondateur.
Les cinq festivals arborent une bannière reconnaissable par tous. Les cinq ont une réputation qui dépasse nos frontières. Leur réussite est indissociable de l’amour d’un homme pour sa ville. Le plus ancien des cinq, le festival d’Assilah, est l’affaire de deux natifs de cette ville : l’actuel ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed Benaïssa, et le peintre Mohamed Melehi. Pareil pour le festival des musiques sacrées. Son initiateur, Faouzi Skali, est né à Fès. La réussite du festival d’Essaouira a partie liée avec un enfant de la ville : André Azoulay. Celle du festival Mawazine est également associée à un Rbati, Abdejllil Lahjomri. Le seul festival qui n’a pas à sa tête un natif de la ville est celui de Tanger. Mais si Philippe Lorin n’est pas né à Tanger, il a «beaucoup d’affection pour cette ville», comme il tient à le préciser. Et pour preuve, il y habite depuis 1993. Donc, parmi les clefs de la réussite d’un festival, on trouve l’amour d’un homme pour sa ville, et la volonté de la doter d’un événement culturel phare. «Il y a 25 ans, Assilah ne ressemblait en rien à ce qu’elle est devenue aujourd’hui. C’était une petite localité sans intérêt, détériorée. Le festival a transformé la ville», dit le peintre Melehi. «Essaouira est ma ville natale. Et j’ai le sentiment que le peu que je sais ou que j’ai réalisé, ce que j’ai appris, je le dois beaucoup à ma ville. Il est normal que je lui rende un peu de ce qu’elle m’a donné», nous avait confié André Azoulay, lors d’un précédent entretien. Les manifestations les plus importantes du festival Mawazine ont eu lieu au triangle de vue : un jardin public. «Enfants, nous sortions dans ce jardin avec notre famille. Il y avait un théâtre où jouaient des troupes de qualité» dit Anbdejllil Lahjomri. L’envie de revivre ces moments a probablement joué dans le choix de ce jardin.
Cette passion pour la ville se confond avec la volonté de la faire connaître et de la développer par le truchement de la culture. «Assilah n’est pas seulement un festival. C’est un moyen de développement de la ville et de création d’institutions», ajoute le peintre Melehi. Il est vrai que la ville a été dotée de plusieurs équipements culturels grâce au festival. La plus importante réalisation est une bibliothèque de 6000 m2 – la plus grande du Royaume. On lui apporte les dernières touches. Le développement de la ville par un événement artistique est une préoccupation majeure d’André Azoulay : «la volonté de promouvoir la ville par la culture est née quand il s’est agi de redonner ses chances à Essaouira qui était en crise profonde, sur le plan économique et social, il y a dix ou douze ans. Après une évaluation très réaliste de nos possibilités et de nos ressources, il nous est apparu qu’Essaouira avait pour première richesse son patrimoine et son identité culturelle», dit-il dans ce sens. L’amour d’une ville peut se doubler d’une passion pour une expression artistique. Le publicitaire Philippe Lorin est un passionné de jazz.
Cette passion lui a facilité les choses. «Mes relations dans le monde du jazz, aussi bien dans le milieu des éditeurs que des musiciens, ont beaucoup joué dans le fait que de grands artistes ont répondu présents à mon invitation dès la première édition du festival».
Les contacts et les relations de ces hommes ont aussi contribué à la réussite des manifestations. «J’ai attiré vers Assilah des artistes plasticiens. Mohamed Benaïssa, en tant que cadre des Nations Unies, a joué un rôle important sur le plan politique et de la communication» dit le peintre Melehi. «Quand une personne a des relations et qu’elle défend un projet cohérent, cela convainc aisément les partenaires. Je ne cache pas que le fait d’avoir des relations avec les sponsors et l’administration a facilité les choses», admet Abdejllil Lahjomri, qui est en effet directeur du Collège Royal.
Quant à André Azoulay, même s’il n’aime pas associer sa qualité de Conseiller de Sa Majesté le Roi avec la réussite du festival d’Essaouira, il est certain que la fonction qu’il occupe lui facilite beaucoup de choses. La réussite d’un festival dépend donc aussi de la qualité de celui qui l’initie et de l’importance de son carnet d’adresses.
Ces quelques clefs, qui montrent que la réussite de chaque festival est indissociable de l’homme qui le promeut, ne devraient pas faire oublier que l’épine dorsale du succès est la cohérence du concept fondateur de la manifestation.

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